Synthèse sur les évolutions possibles de la photographie

Portrait de Tris
Document de travail

Le dernier débat portait sur l’univers de la photographie et ses évolutions possibles. Dans ce cadre, il a été demandé à des photographes professionnels quelles étaient les difficultés auxquelles ils étaient confrontés.

De leurs réponses, il a été possible de retenir trois questions :
•    Faut-il créer une instance de régulation spécifiquement dédiée au monde la photographie ?
•    Cette instance devrait-elle notamment s’intéresser aux entreprises de micro-stock de photographie ?
•    Quelles adaptations devraient être apportées au droit d’auteur afin de correspondre aux besoins des photographes professionnels ?
Ainsi un photographe est volontiers intervenu pour animer le débat.
Le sujet a réuni 7 contributeurs, 52 réponses et reste ouvert. 

1 |    Les constats

•    Un afflux massif d’amateurs entraînant une dévalorisation : « Je ne suis pas très connaisseur, mais il me semble que la difficulté numéro 1 des photographes à l'ère numérique, c'est l'afflux massif d'amateurs qui vendent leurs photos à prix bradé voir gratuitement. Les photoshopeurs d'entreprise se chargeant de gommer certains défauts ou se contentent des photos relativement médiocres ». (Sariel 11/01/2012)

•    Un phénomène touchant également les graphistes : « La légitimité d'un photographe doit passer, de mon point de vue, par l'offre d'une garantie de service et de résultat qu'un amateur ne saurait donner (ou une minorité). Soit par manque d'expérience ou de matériel adapté a des prises de vue bien spécifiques. J’ai déjà récupéré des clients en détresse après avoir tentés de faire de fausses économies en prenant les services bas prix d'un amateur. Mais la faute reviens peut être plus au client qu'aux amateurs in fine. Je constate pour ma part un manque cruel de lucidité des clients sur l'utilité et le potentiel retour sur investissement que peut représenter une image bien construite. La photo est pourrie ? Pas grave, elle nous a couté 1€ ! Ils oublient que c'est l'image de leur entreprise qui souffre indirectement de ce désintérêt. On observe d'ailleurs le même phénomène dans le milieu graphique. Le petit cousin connais Photoshop il fait ma plaquette contre une tablette de chocolat et ça ira bien. » (S. Renault 11/01/2012)

•    Une dénaturation de la valeur ajoutée de la photographie et des revenus éventuels qu’elle peut générer : « Je parle ici de ce que je pratique, la photo d'entreprise ou a destination de publicité. Je ne fais pas de mariages. L’expertise ne se borne pas aux moyens engagés, mais également à l'apport d'une valeur ajoutée concrète. L'image est bien souvent en renfort d'une idée directrice, parfois elle EST l'idée directrice et se doit, dans la majorité des cas, être traduisible en source de revenus et en termes de chiffre d'affaire potentiel. Chaque photo ou presque sous-entend l'image, la dynamique, l'état d'esprit des employés, du produit ou du service qu'elle illustre. C'est un métier (ou un don ;)) que de saisir l'important au bon moment, parfois dans un environnement défavorable. C’est donc la garantie d'un investissement utile, fonctionnel, voir rentable qui doit être la clef de voute de l'offre d'un pro. Faire des photos pour ne pas les utiliser ou leur trouver après coup un effet contre-productif est parfaitement inutile nous sommes bien d'accord. » (S. Renault, 11/01/2012)

•    Un recours aux bibliothèques d’images sans prise en compte des droits relatifs, trop ancré dans les habitudes : « Il n'en est visiblement rien: le repiquage sur "Google images" (bah oui, c'est encore moins cher que Fotolia, au point où on en est on ne va pas se gêner, et tant pis si l'image pointe directement sur le site d'un photographe et n'est pas sous une licence permettant mon type d'usage, tant pis si je ne respecte pas son nom et tant qu'à faire, tant pis si je modifie la photo sans autorisation), pour utilisation commerciale, devient absolument incontrôlable.» (Sunjee, le 12/01/2012)

•    Un droit d’auteur Français bien construit mais méconnu : « Quant au droit d'auteur, à part le fait qu'il est totalement inconnu du grand public et des professionnels non juristes, il est plutôt pas trop mal fichu, en France, comparativement à d'autres pays. Par contre, il est totalement inconnu du grand public, et plutôt que d'afficher seulement un ou deux domaines (oui je me répète) "musique" etc. » (Sunjee, le 12/01/2012)

•    Un défaut d’information : « Certes, il existe des lois pour cela, et elles sont par ailleurs assez simples à mettre en action quand c'est nécessaire pour peu qu'on ait bien tout verrouillé juridiquement en amont (autorisations, décharges, etc.). Mais que faire quand c'est absolument généralisé? Clairement, c'est le manque d'information qui est en cause, et rien d'autre. Nul n'est censé ignorer la loi mais bon... si la même énergie avait été utilisée pour expliquer la propriété intellectuelle dans le domaine photo que dans celui de la musique ou des films, on n'en serait pas là. » (Sunjee, le 12/01/2012)


2 |    Les préconisations

La question de savoir s’il fallait une instance de régulation a divisé les internautes.
Certains prêchent pour la création d’une instance de régulation qui aurait des missions spécifiques, tandis que d’autres expliquent comment s’en passer.

2-1    Une instance de régulation

•    Qui serait en charge de la professionnalisation du statut des photographes : « Je pense que par régulation il faut entendre "professionnalisation du statut". C'est un des seuls métiers que n'importe qui peut exercer sans avoir à justifier d'une éthique professionnelle dans la pratique et les tarifs. C'est idiot et c'est là l'une des sources principales de la dévalorisation systématique de ce métier dans le plus pur style, "les photographes c'est juste des presse bouton !" » (S.Renault, 11/01/2012)


•    Qui serait un organisme d’agrément : « C'est plus un organisme d'agrément dont il serait question, un peu comme les Taxis.Tout le monde ou presque possède un véhicule, pourtant nous n'avons pas le droit de l'amortir ou d'arrondir les fins de mois en transportant des gens pour un prix dérisoire ;) » (S. Renault, le 11/01/2012)

•    Qui ferait un travail sur le cursus, les garanties et les critères nécessaires à l’exercice professionnel : « Pourquoi cette idée ou cette méthode appliquée ailleurs, pour des tas d'autres métiers semble ici poser problème ? Il faudrait effectivement faire un travail sur le cursus ou les garanties et critères nécessaires à l'exercice professionnel de ce métier (donc générateur d'un revenu). Sinon c'est que la majorité pense que faire des photos n'est plus un métier, auquel cas il finira par disparaitre comme dans l'histoire certains métiers ont disparus (les cochers avec la voiture). » (S. Renault, le 11/01/2012)

•    Qui imposerait des conditions d’exercice : « PS: Je ne parlais pas de "droits d'entrée" en vérité mais de conditions à l'exercice (floues et indéterminées nous sommes d'accord) » (S. Renault, le 11/01/2012)

•    Qui ferait un travail d’information : « Alors, si je dois résumer: plus que les amateurs ou je ne sais quel autre fléau, si une seule chose devait pour moi ressortir de ce débat, c'est la nécessité pour Hadopi de mieux informer des peines encourues en cas de piratage de TOUT TYPE de propriété intellectuelle, et pas seulement musique et cinéma » (Sunjee, le 12/01/2012)


2-2    Une régulation par le marché

•     Une auto-régulation de chacun plutôt qu’un organisme extérieur :« C'est quoi un photographe légitime et professionnel ? Légitime ? c'est la qualité de son travail, jugée par amateurs d'art ou les acheteurs (rédaction, publi-rédaction, clients...) seule qui doit lui donner légitimité, et non pas le montant des investissements qu'il aura consenti dans son matériel. Professionnel ? Si une partie majeure de son revenu vient de la photo, il est pro. Pas besoin de cadre ou de régulation supplémentaire ! […]Je comprends mieux, mais ne vois pas en quoi une "instance", serait nécessaire pour lutter contre les amateurs dans ces cas-là. Je suppose que des organisations professionnelles, autogérées  pourraient très bien faire l'affaire non ? Si elles souhaitent mettre en place un "label qualité" ou  autre, libre à elles de le faire. Je ne vois pas de besoin d'un "comité de surveillance des photographes".» (TheSFReader, le 11/01/2012)

•    Laisser la loi du marché opérer une régulation : « Je ne vois pas en quoi c'est déloyal. Si le Business Model ne fonctionne pas, y'a pas de raison de le protéger. Si des amateurs sont plus "compétitifs" (en terme de rapport qualité/prix) que les pros (ou l'inverse d'ailleurs), que Darwin fasse son œuvre. Si les clients ne jugent pas que les prestations pro justifient le prix que vous leur fixez c'est 1) à vous de baisser le prix ou 2) de démontrer aux clients que vous les valez bien. Une fois qu'ils se seront vautrés avec des merdes, ils reviendront chercher les photographes ayant au minimum une approche "pro" de leur métier. » (TheSFReader, le 11/01/2012)

•    La profession de photographe ne nécessite pas forcément un statut spécifique ou une protection légale particulière : « J'ai été "sévère" dans ma réponse au mail de S.Renault, mais il faut dire que je comprends bien aussi qu'il puisse se désoler que certaines personnes "moins scrupuleuses" ou pas au courant, effectue des travaux qui relèvent de son métier de photographe "au noir" ou sans se préoccuper plus que ça des tarifs habituellement. Pour autant, des problèmes comme celui qu'il nous expose n'est pas si différent de ceux des entrepreneurs hors de la photographie, qui eux ne demandent pas forcément un statut spécifique ou une protection légale ». (TheSFReader, le 11/01/2012)

3 |    Le bilan

Les intervenants semblaient peu informés des conditions de travail ainsi que des difficultés rencontrées par les photographes professionnels.
Par ailleurs, certains soulignent l’absence de connaissances quant aux critères permettant de différencier le professionnel de l’amateur.
Deux photographes professionnels sont intervenus et ne semblaient pas partager le même point de vue sur la nécessité d’instaurer une instance de régulation de la profession. Néanmoins, ils s’accordaient sur le fait que le recours à Google Images, parfois au mépris des droits attachés à la photographie est très problématique et qu’il semblerait y avoir un défaut d’informations quant aux sanctions possibles en cas de téléchargement illicite de photographies.

Crédit photo : Mike Kemp
 

Commentaires

Portrait de sunejee

Une chose que je souhaitais ajouter à ma contribution est la suivante:

Je ne suis pas exactement pro-hadopi pour de nombreuses raisons déjà lourdement débattues, mais cela n'a pas d'importance. Ce que j'ai "du mal" (légère ironie ici) à comprendre, c'est que hadopi semble fonctionner sous 2 régimes différents. A savoir: on cherche des moyens de taper sur les particuliers qui téléchargent illégalement pour leur consommation personnelle de la musique ou des films (je ne commenterai pas le bien-fondé de cette démarche), mais quid des particuliers qui téléchargent pour leur consommation personnelle toujours des photos (ou des illustrations ou... peu importe)?

 

Par exemple, si je télécharge (illégalement) un titre de David Guetta pour l'écouter pendant que je fais la cuisine chez moi tout seul, hadopi pourrait me "flasher" (je prends des raccourcis, c'est le défaut de sécurisation qui serait sanctionné ici, mais peu importe, ce n'est pas le sens de ma démonstration).

 

Je souhaiterais donc connaître la différence maintenant avec le fait de télécharger (sur google images par exemple...) une photo de buche de Noël pour illustrer mon cahier de recettes de cuisine. Mis à part le fait que hadopi aura tout le mal du monde à détecter ce téléchargement, c'est bien plus un problème de principe qui est gênant.

- je relève ainsi que visiblement la photographie n'est apparemment pas autant considérée comme une propriété intellectuelle que la musique.

- je relève également que cela ne semble gêner personne (en tout cas dans le débat précédent, ou en posant la question autour de moi ou dans la rue) que google propose "google images", alors que tout le monde s'offusquerait s'il existait un "google musique" du même fonctionnement, ou "google films" (oui, youtube... mais c'est pas pareil: chacun uploade un film volontairement, ce n'est pas un archivage automatique de tout ce qui existe sur le net). Pour aller plus loin, est-ce que google images n'est pas un peu le alloshowtv de la photographie?

- puis-je saisir hadopi pour faire surveiller le "piratage" de mes photos? En tant qu'artiste indépendent? Via l'UPP, la SAIF...? Et si non, est-ce que la seule solution est de systématiquement intenter un procès à chaque internaute qui récupérerait cette photo de bûche de Noël sur son ordinateur personnel, sur son iPhone, ou pire, en imprimerait lui-même une copie?

- pour reprendre une des questions posées, pourquoi créer une instance supplémentaire puisque la photographie est bien une oeuvre de l'esprit, et devrait donc, à ce titre, être couverte par hadopi? Serait-ce un aveu d'échec, d'impuissance?

- qui, quelle administration décide de la valeur en termes de propriété intellectuelle d'une oeuvre de l'esprit? Visiblement, il se fait bien une distinction quelque part entre les artistes vidéastes et les artistes photographes (cela vaut aussi pour les illustrateurs etc.), puisque les oeuvres de l'esprit composées d'images qui bougent sont surveillées par un organisme de l'état, pas celles composées d'images fixes. Pourquoi est-ce que hadopi (ou une quelconque autre instance... mais encore une fois, normalement, hadopi concerne bien (j'ai vérifié!) la "diffusion des oeuvres" et la "protection des droits sur internet") ne va pas non plus embêter les internautes qui piratent des oeuvres photographiques?

 

Bref, pour résumer, pourquoi une telle dychotomie? Qui décide de la valeur artistique ou non d'une oeuvre? Est-ce que la photographie est un art? Le Code de la Propriété Intellectuelle nous dit que oui (sauf cas particuliers assez clairement définis)... alors pourquoi deux poids deux mesures? Concrètement, c'est exactement la même chose de télécharger un morceau de David Guetta ou n'importe laquelle de ces images par exemple (complètement au hasard: je ne connais pas ce monsieur mais j'avais son site d'ouvert). Le simple fait de les présenter sur son site internet n'implique pas juridiquement le droit de les télécharger et recopier (je peux aussi écouter des morceaux sur le site de David Guetta, je précise)

 

Ceci est évidemment une démonstration par l'absurde: je ne pense pas une seule seconde qu'il soit possible de réguler la consommation d'images "piratées" par les particuliers (de la même façon que je n'y crois pas pour les musiques et les films), mais le danger comme je l'ai pointé dans mon message précédent, c'est bien la banalisation de l'acte de télécharger une photo et le fait d'expliquer aux gens qu'une photo, c'est une oeuvre de l'esprit, mais pas pareil que la musique parce que pirater la musique c'est mal. Ma mère, grande technoplouc, sait qu'elle n'a pas le droit de pirater ("télécharger") de musique pour sa consommation personnelle et achète religieusement des CD à la FNAC. Par contre, pour ses cartes de voeux 2012, elle a tapé "noel" dans google, puis cliqué sur "images"... (Personnellement, ça ne me gêne pas, je vais sans doute dire quelque chose de fou mais à mon niveau je trouve ça touchant que quelqu'un aime suffisamment une de mes photos pour la télécharger et la garder avec lui sur son iPhone ou l'envoyer à ses amis. Si j'étais dans le business des illustrations de cartes de voeux évidemment, je serais sans doute très triste en ce moment, bien sûr.)

 

Inversement bien sûr, on a aussi le cas des labels de disque (ou autres acteurs musicaux très, très avertis) qui non seulement font appel à google images pour trouver leurs illustrations (et tombent donc régulièrement sur mon site et se servent puisque telle est ma spécialité, je n'y peux rien, et je n'ai rien demandé à google), mais ensuite récupère les images, pour leurs programmes de concert, les affiches, les têtes de gondole du rayon disque au supermarché, leurs promotion à la presse... c'est triste d'en arriver à devoir faire des procès à tout bout de champ parce que l'information n'a pas été faite en amont. Très franchement, Fotolia, à mon sens, ce n'est rien comparé à Google images, qui se sert sans demander, et donne l'illusion au grand public (et donc aux professionnels) d'une gratuité et d'un non-droit sur internet. Concrètement, sur internet, une fois qu'une image arrive d'une manière ou d'une autre bien placée dans les résultats de google images, je peux faire une croix définitive sur mes droits pour cette photo, elle est partout. Et tout cela n'est gérable que par des procès individuels, au cas par cas. C'est long, coûteux, incertain et fastidieux.

 

Par ailleurs, mon point de vue entièrement personnel sur la question est que la surveillance des réseaux est une connerie, et que si automatisme il doit y avoir, il devrait plutôt concerner l'utilisation qui est faite d'oeuvres piratées que leur simple téléchargement. Et du coup, évidemment, il concernera beaucoup plus les professionnels et collectivités (qui font souvent n'importe quoi avec les photos, notamment la pratique du "DR") que les particuliers (qui paient déjà la RCP que personne ne touche visiblement).

Et je serais heureux, en tant que l'un des deux seuls professionnels qui ont apparemment bien voulu participer à ce débat (noyés comme d'habitude dans la masse d'amateurs plus ou moins avertis dans le meilleurs des cas voire des trolls pour le pire), de continuer ce débat autour d'une table plutôt que par claviers interposés, ce qui a un côté légèrement frustrant et semble terriblement inefficace et inutile.

Portrait de Tris

Hello Sunjee,

je vais essayer de répondre à certaines des questions que tu soulèves.

Effectivement, il semblerait qu'il y ait une sorte d'échelle de gravité entre les différentes oeuvres, non pas dans l'esprit de l'institution mais dans l'esprit des gens. En tant qu'ayant-droit, tu peux saisir l'Hadopi.

J'ai posé la question de la possibilité de création d'une instance car en balayant les différentes autorités, je me suis rendue compte qu'il y en avait une pour le cinéma et le film, bientôt pour la musique, pour le livre mais pas pour la photographie. Je me demandais s'il y avait un besoin ou si cette création serait superflu. A l'évidence, entre toi et S.Renault, il y a divergence sur ce point. :)

Quand j'avais encore mon blog, j'évitais les illustrations pour deux raisons :

- je mettais plus de temps à chercher une illustration adéquate qu'à écrire mon article ;

- je n'étais pas toujours très sûre que la licence apposée soit bien réelle.

A la rigueur je faisais mes propres dessins avec Paint.

Tu fais la distinction entre les particuliers et les entreprises. Effectivement, il n'est pas "normal" qu'une entreprise, qui va tirer une plus-value d'une illustration utilise, sans accord du photographe, des images. D'où l'idée d'avoir peut-être une institution ou un groupement professionnel.

Enfin, non je te rassure, le débat et notre présente discussion ne sont pas inutile :)

Comme je te l'ai dit sur Twitter, les experts des Labs travaillent sur la photographie, c'est d'ailleurs qui ont souhaité aborder cette thématique parce qu'ils avaient à peu près les constatations que les tiennes. La synthèse leur a été envoyé, de même que le commentaire que tu viens de laisser.

En ce qui me concerne, open pour discuter IRL, avec toi, avec S. Renault ou avec vos collègues.

:)

Portrait de sunejee

Evidemment, tu as bien compris que mon problème (à titre personnel!) n'est pas du tout le téléchargement des particuliers pour usage personnel et privé, mais bien celui de la réutilisation des images, bien plus grave! Bonne démarche de ta part, mais tu es effectivement dans la catégorie "power-user" des internets, et agis toujours en connaissance de cause (si tu choisis de publier, tu sais à quoi t'en tenir...).

Généralement ma démarche avec les petits blogueurs qui se sont servis sans me demander est de leur envoyer un mail sympa en leur expliquant que ce qu'ils font n'est pas forcément autorisé et qu'à l'avenir j'apprécierais qu'ils demandent à l'auteur avant de publier - j'accepte généralement gratuitement pour des petites choses comme cela sous certaines conditions, d'autres collègues peuvent avoir d'autres points de vue, mais c'est notre décision et pas celle du blogueur. D'une manière générale, ils ne recommencent pas.

 

Quand c'est un usage commercial, c'est encore plus compliqué à gérer car il y a définitivement préjudice, qu'il faut prouver devant tribunal pas toujours ultra compétent. Les dommages et intérêts obtenus sont souvent assez bas. Mais comme je le pointais, ce qui est surtout dommageable, c'est la non-information ou désinformation ("le droit n'existe pas sur internet"!) qui existe, induite non seulement par les deux vitesses actuelles, mais aussi par la simple facilité de récupérer des images sur internet (clic droit/enregistrer sous..., sauf disposition contraire) quand il est a priori beaucoup plus difficile de récupérer une musique/film. Mon site par exemple propose des images en background via un trick javascript et donc ce clic droit ne fonctionne pas vraiment... (tant que l'internaute n'a pas l'idée d'aller cliquer sur les vignettes, de faire un print screen ou d'ouvrir le code source, mais là ça commence à friser avec l'acharnement). Google par contre n'a pas la même difficulté à scanner tout cela, malgré toutes les dispositions que l'on prend, et mes images sont disponibles facilement en clic droit/enregistrer sous sur google. Argh.

 

Si je fais le parallèle avec deezer par exemple, pour récupérer les musiques que l'on écoute, il faut déjà savoir bien se servir de sa machine. Ma mère ne saurait pas le faire, par contre elle sait très bien récupérer les images sur google images. Certes on ne peut pas imposer l'interdiction du clic droit/enregistrer sous à tous les navigateurs, mais que reste-t-il alors? L'éducation et l'information des utilisateurs, qui agissent quelque soit leur statut, pro ou particulier, majoritairement sans avoir réelle conscience de l'erreur qu'ils font (par contre dans le cas de mon ami "ce n'est pas clair qu'on n'a pas le droit de voler vos photos", c'est difficile pour lui de justifier le maintien de cette image sur son site après plusieurs LRAR de moi et mon avocat...).

 

Travaillant dans le monde de la musique classique, qui est un assez petit monde somme toute à haut niveau, j'avais pour intention il fut un temps avec un ami iconographe dans un grand magazine musical de créer un collectif de photographes spécialisés en musique classique et de cosigner une lettre à envoyer à toutes les rédactions, salles de concert, festivals, labels etc., bref toutes les instances utilisant nos images pas toujours dans les règles. Cette lettre aurait pour contenu quelque chose dans le style de "nous avons remarqué que depuis quelques temps, beaucoup de nos photos sont publiés en dehors de toute licence, parfois sans mention de notre nom, parfois modifiées etc., ce qui n'est pas autorisé, cf. code de la propriété intellectuelle articles tant et tant. Nous allons donc procéder à des contrôles et vous invitons à vous mettre en conformité de manière spontanée. En cas de contrefaçon, vous encourrez en effet ceci et cela, etc."

La cosignature nous permettait de ne pas subir l'évident "bon, lui il nous fait chier, donc on bossera avec l'autre du coup" - tous les auteurs majeurs de ce petit milieu étaient concernés.

 

Le problème est aussi que la plupart des événements culturels sont financés par l'état/les régions d'une manière ou d'une autre, à plus ou moins haute proportion. Les grands festivals, les salles de concert (souvent même des établissement complètement publics), les médias (Radio France, France Télévision), et ils font pourtant tous plus ou moins n'importe quoi... que faire! Donc il n'est pas question que d'entreprises, car le public s'y met aussi. Oui, visiblement, il y a plusieurs niveaux de propriété intellectuelle, pour tout le public mais aussi et surtout les professionnels - et saisir Hadopi dans ces cas-là (ou pour tout professionnel) ne sert à rien!

 

La création d'une instance n'aurait d'intérêt je crois que si l'éducation est faite en amont, et un peu de ménage également... Et bien sûr, ce que l'on dit pour la photographie est aussi vrai pour le dessin, graphisme, etc.

Quand tu veux pour une discussion IRL, avec plaisir!