Auctorialité numérique

Portrait de Anonyme
Document de travail

Nous devrions donc nous lancer dans une entreprise au succès intellectuel de laquelle nous aspirons -- je pense -- tous, et vous propose à cet effet que nous commencions à travailler autour de la notion de "piraterie" et de l'essaim notionnel qui l'accompagne, notamment, les qualifications de "hacker" ou de "cracker".

Dans l'usage courant, ces termes se confondent et présentent une connotation largement péjorative faisant totalement oublier ce qu'on appelle la dénotation des mots -- ce qu'ils désignent précisément et réellement.

Quelqu'un, par exemple, a-t-il connaissance du travail de Himanen sur la question ? Ou bien de cet exposé sur le site de Framablog ?

D'autres suggestions sont les bienvenues, sur la base du "programme" publié sur le site du Lab. Je crois que notre objectif devrait être de glisser lentement, mais rigoureusement, de la description des pratiques à une conception affinée de l'idée même d'auctorialité numérique (cette dernière locution désignant la "nature" ou la "définition" de l'auteur).

Paul Mathias.

Cette analyse reprends les premières discussions du Lab, que vous êtes invité à commenté en cliquant sur le lien "réagir" en bas de page. Sont également compilées sur la droite les références vers les travaux cités.

Discours de lancement par Paul Mathias

Maintenant pour l'objectif de cette étape : la clarification du concept de "piraterie" devrait principalement de passer (enfin !) à autre chose de plus intéressant et de plus large. Je proposais la remise en question de la notion d'auctorialité, supposée ébranlée par la elle-même supposée « piraterie ». Ce qui me paraît sûr en effet, c'est que « auteur » n'a pas le même sens dans un système fermé de production des « biens culturels » (expression à laquelle je préfère très largement celle de « objet de sens ») et dans un système numériquement ouvert.

À nous, dans le contexte qui nous est offert/ouvert d'approfondir avec un peu de rigueur ces concepts.

 

Proposition de Joseph Vidal-Rosset concernant le rapprochement avec le monde du Libre

Il me semble que la juridiction mise en place par les licences comme Creative commons, la GPL et tout ce qui protège légalement l'usage et la diffusion du logiciel libre devrait répondre à de nombreuses questions de cet ordre. Même si l'on parle évidemment des "biens culturels", je pense que l'analogie peut légitimement être faite.

Proposition de Franck Macrez sur l'étude de l'usage du terme pirate

Je me suis déjà intéressé à la question de l' "abus de métaphore" que recèle le terme de "piraterie" pour désigner l'échange de fichiers en ligne.  Si je peux vous proposer une lecture, j'avais beaucoup apprécié l'article de P. Loughlan

 

Contributions de Robin Berjon sur la même problématique

The Hacker Ethic avait fait pas mal de bruit à sa sortie il y a une dizaine d'années parce que c'était encore une époque où l'open source n'était pas encore complètement établi comme modèle acceptable, où il était encore relativement fréquent de rencontrer des gens qui pensaient que c'était une pure hérésie. Avec la normalisation du modèle, il a un peu disparu de la scène — en tout cas ça faisait longtemps que je n'en avait pas entendu parler.

[…] Il me semble que son intérêt principal était de s'attaquer à la notion de hacker du point de vue de ce qu'on a tendance à appeler aujourd'hui des "pro-am" (professionnel-amateur). Cette notion est souvent malmenée parce qu'il est difficile d'avoir un discours s'appliquant justement à tout le spectre qu'elle devrait recouvrir depuis le pur hobbyiste jusqu'à celui qui effectue des contributions ouvertes strictement dans le cadre de son travail.

Sur la notion de piraterie, un point de vue peut-être utile est celui décrit par Rodolphe Durand et Jean-Philippe Vergne dans « L'organisation pirate, essai sur l'évolution du capitalisme ». […] il me semble pour l'instant que les auteurs ont un peu trop tendance à se noyer dans des références deleuziennes dont la pertinence parait limitée, leur idée maîtresse selon laquelle la piraterie se déploie à chaque évolution du capitalisme car elle est l'exploration de nouveaux horizons et de nouvelles pratiques dans des territoires que l'Etat peine à normaliser me semble fertile. Elle rejoint l'argument de The Hacker Ethic selon lequel cet esprit particulier est au fondement de ce qu'on appelait à l'époque la nouvelle économie.

Quelques articles sur OWNI en parlent:

[…] L'évolution de la notion d'auctorialité est tout à fait intéressante, mais j'aimerais que nous ne nous focalisions pas sur ce sujet à l'exclusion des autres. En effet, si la façon d'autorer (pardon du néologisme, mais je ne trouve pas d'équivalent meilleur) évolue, l'auteur « traditionnel » continue d'exister et, je pense, continuera. Il me semble donc utile de penser aussi les évolutions de la diffusion et les raisons de la piraterie à auctorialité constante.

Proposition de Serge Champeau pour un rapprochement avec le Lab Propriété intellectuelle et Internet

De mon côté, bien que je ne sois pas juriste, je vais travailler sur la qualification juridique de ce que l’on désigne métaphoriquement et abusivement sous le terme générique de « piraterie », c'est-à-dire sur la notion de « contrefaçon » et l’évolution de celle-ci (en particulier ce que certains juristes nomment « para-contrefaçon », C. Caron, par exemple)