Affaire Mégaupload
Bonjour,
Je viens vers vous pour connaître un peu les avis à la fois du public, mais également (et surtout, en fait), l'avis des membres de l'Hadopi sur l'affaire Mégaupload.
Il est admit que mégaupload profitait du dépôt de fichiers illégaux. Ce n'est pas ça qui me fait réagir (le fait que ce soit bien ou pas n'est pas le sujet ici).
En fait, mes interrogations portent sur les points suivants :
- Que pensez-vous du faite que le FBI ai stoppé le service alors qu'il y avait (on ne saura jamais les chiffres) des utilisateurs légaux (entreprises et particuliers, et qui ne seront probablement pas dédommagés) ?
- Depuis le temps que Mégaupload existe, il n'y avait eu aucune action d'éclat des ayant droits. Et après le relatif échec de SOPA/ACTA, on voit Mégaupload démanteler. Et quid du service qu'ils voulaient mettre en place ? (digitalmusicnews et techcrunch, qui aurait pu supprimer la dépendance des artistes envers les majors, et donc leur modèle économique et les millions qu'ils brassent) Cause à effets ?
- Que pensez-vous du faite que de façon très unilatérale, les Etats Unis ont coupés un service mondial ? (et pas conséquent de la censuer brute qui donnerait envie à la Chine; et également le blocage DNS et autre)
Merci d'avance.
Je voudrais apporter quelques précision sur l'existence d'usage légaux.
Alors que le début du p2p s'est construit sous la jurisprudence betamax de la cours suprèeme. Celle ci issue du conflit ayant opposé les ayants droit à Sony, avait posé comme principe que l'existence d'un usage légitime substentiel rendait une technique légalement neutre, seul l'usage pouvant alors être réprimé.
Cependant dans l'affaire MGM vs. Grokster, les juges suprèmes ont profondément changé cette grile de lecture. En effet, devant la preuve (fournie au travars d'échanges de mail) que les dirigeants de grokster ont connu et promu les usages illicites de leur réseau, les juges ont estimé que la promotion des usages illicite faisait perdre le bénéfice de la jurisprudence betamax.
Lire l'indictment de megaupload à cette lumière est très révélateur; en effet, une rgande partie de l'argumentation consiste à montrer que les dirigeants de MU connaissaient et ont promu constamment les usage illicites. C'est en partie sur cette base que le safe harbor DMCA est rejetté également.
L'argument d'usage licite possible ne tient donc pas si il est effectivement établi que MU a promu les contrefaçons. On peut trouver abusif le blocage du service en dehors de toute procédure définitive ou même contradictoire, et donc l'usage du RICO act, mais sur le principe, les usagers licite ne peuvent prétendre à aucune protection. Si on admet le principe une mesure préventive en urgence, qui peut se défendre légalement, il est tout aussi normal qu'aucune mesure ne soit prise pour maintenir une partie du service pour les usagers légitimes. Libre à eux d'attaquerla procédure si ils la trouve abusive - sous réserve de faisabilité, je suis un peu à la rue sur ce domaine des procédures juridiques US :-).
Un autre point crucial, par deux aspects, et à ne pas oublier. On se trouve face à une procédure non pas civile, comme ça a été le cas dans la plupart des action en contrefaçon sur internet, mais pénale. On n'est donbc pas face à un juge "neutre" qui arbitre les intérêts contradictoires de deux parties a priori sur un pied d'égalité. On est dans le cas de l'état engageant des action pour maintenir l'ordre public, d'ou une nécessaire disproportion.
D'autre part, s'agissant d'une procédure pénale et non civile, la décision lors du futur jugement devra être unanime, alors qu'en procédure civile elle n'a besoin de n'être que majoritaire. Hors, youtube, dans une procédure civile elle, a déjà su faire valloir le safe harbor de la DMCA. Il est donc tout a fait possible que le tribunal ne conclue pas à la culpabilité. Dès lors - c'est mon hypothèse - il est tout a fait possible que le procureur - us attorney - cherche à détruire la structure megaupload irrémédiablement avant d'arriver aux étapes du procès, qui a abandonner les poursuites in fine pour laisser la procédure civile prendre la suite. ( ce dernier paragraphe est très hypothétique, et n'est que mon opinion forgée à l'instant :-))





J'aimerais juste rajouter une info à ton dernier point, concernant la saisie du nom de domaine (c'est pas un blocage DNS, ils l'ont carrément saisi), ils avaient déjà fait ça auparavant pour un site espagnol, rojadirecta.org, mais qui lui est légal en Espagne, donc ils ont appliqué une législation étatsunienne à un site espagnol hébergé ailleurs qu'aux USA, au Canada et en Russie, donc sans aucun rapport avec les États-Unis, sauf par l'organisme de gestion de nom de domaine. Un article à ce sujet est dispo sur Numérama et l'avis des responsables ci-dessous est intéressant,
car il rejoint celui de l'Afnic pour l'affaire Megaupload (l'AFNIC gère les noms de domaine en .fr, alors ils s'y connaissent)
Depuis l'article cité, le nom de domaine en .com a aussi été saisi. Mais il reste le .me et le . es. La saisie de noms de domaines a été jugée non contraire à la liberté d'expression (pas lu le pdf) lors de la plainte que ce site a menée.