SVOD : All that you can watch ! (again)

Portrait de vsonet

La SVOD arrive officiellement en France. Entendez par là, la possibilité par voie d’abonnement, d’accéder de façon illimitée à un catalogue de vidéos à la demande.

A l’heure où le streaming (illégal) va officiellement sombrer dans la clandestinité, CanalPlay, la plateforme de VOD se lance dans l’illimité avec son offre –encore très limitée- CanalPlay Infinity.

NETFLIX le roi de la SVOD

Lorsqu’on aborde le sujet de la vidéo à la demande par abonnement, il est impossible de ne pas croiser Netflix. La société américaine, fondée en 1997, a débuté par la location de DVD en ligne[i]. Netflix propose désormais des films sur Internet ainsi que des locations de films par courrier aux États-Unis et au Canada. En 2009, elle offrait une collection de 100 000 titres et dépassait les 10 millions d'abonnés. En 2011, le service compte 23, 3 millions d'abonnés, après une vague massive de départ d’abonnés américains déçus et frustrés par une augmentation des tarifs et une restriction de l’offre[ii]. Netflix propose un service de films en flux continu pour les ordinateurs sous Windows et Mac OS ainsi qu'un certain nombre d'appareils compatibles (Wii, Xbox 360, PS3).

L’arrivée de NetFlix est annoncée en Europe pour le début 2012 (Royaume-Uni et Irlande) et semble commencer à inquiéter les acteurs Européens du secteur, tels que CanalPlay. La société ne paraît pourtant toujours pas souhaiter s’installer en France, en raison d’une chronologie des médias et d’une réglementation qui semblent ne pas convenir pour l’heure au business plan de la firme américaine.

CanalPlay un challenger désarmé ?

C’est CanalPlay, la première plateforme de VOD en France qui pro-agit à l’arrivée du géant du contenu à volonté en Europe avec une offre, certes agressive en terme de prix, (9,90€, par mois sans engagement). La question qui se pose évidemment est celle du modèle économique pour ces offres illimitées. En effet, la SVOD est un format d’exploitation supplémentaire des contenus et de fait, la plateforme en proposant ce service va devoir payer plus cher les films de son catalogue. Quelles pourront être les ressources complémentaires  si le parc d’abonnés n’est pas suffisant ?

Si l’on se laisse tenter par un petit flashback, ces offres illimitées nous rappellent celles des cartes de cinéma. Rappelons que les exploitants de salles en passant aux cartes illimitées, (qui peuvent faire tomber le prix de la séance dans les plus grands multiplex parisiens à moins d’un euro pour les détenteurs les plus assidus) ont du diversifier leurs recettes notamment à travers la vente de confiserie, qui fait même désormais l’objet d’un programme de fidélité, voire l’intégration de restaurants, dans le réseau UGC par exemple[iii]. Que pourrait vendre CanalPlay ?  Nous pouvons d’ores et déjà imaginer que les exclusivités pourraient sortir du forfait et faire l’objet d’une facturation spéciale par exemple. Ou ira-t-on vers des forfaits basiques et des forfaits premium tels qu’on en trouve aujourd’hui aussi dans le secteur de la presse ou encore de la musique ? Est-ce que ce seront des suppléments tarifaires pour l’extension d’accès sur nos autres supports… notamment  les smartphones et les tablettes qui assureront  la marge ?

Pour l’heure Canaplay Infinity est disponible uniquement sur la télévision, et uniquement chez SFR : pas de CanalPlay dans les produits Apple. Et pas non plus sur PC ! Mais à termes, ces marchés pourraient être florissants.  A plus forte raison si l’accès et la recherche des films est plus commode sur ce type de dispositif que sur les téléviseurs reliés aux Box des FAI, la recherche d’une Vidéo hors nouveautés sur les plateformes de VOD des chaines de télé (TF1 Vision, Orange TV, Canalplay actuel ) relève du sacerdoce ! après avoir vaincu la télécommande, si l’ergonomie de l’interface n’a pas encore eu raison de vous, il vous faut y naviguer sans bouée, sans repère. Rechercher un programme précis peut vous demander un bon quart d’heure,  et quand enfin vous avez mis le pointeur de votre télécommande dessus que vous avez validé le paiement, en tapant les très sécurisés 0000 qui composent votre code « secret » directement lié à votre carte bancaire, voilà que s’affiche le doux message « une erreur est survenue, veuillez réessayer ultérieurement »

Condition nécessaire, mais insuffisante, Canalplay annonce un moteur de recherche optimisé et intelligent capable de prendre en compte les gouts et les envies des spectateurs pour lui recommander du contenu.

Back to the Future ? Forward to the past !

Quoi qu’il en soit, même si des accords avec de nombreux producteurs sont signés il nous faudra naviguer dans le fond de catalogue. Ne vous réjouissez pas à l’avance de regarder 12 fois de suite AVATAR pendant vos vacances de noël ! Canal Play Infinity étant une offre de SVOD, la chronologie des médias lui impose de ne proposer que des films étant sortis au cinéma il y a plus de 36 mois ! (contre 4 mois pour la VOD à l’acte). Donc, si mes calculs sont bons, cette année nous pourrons accompagner à volonté la dinde et la bûche de nouveautés comme Macadam Cowboy - celui avec Dustin Hoffman, ressorti en décembre 2008 - , Niko le Petit Renne- ça reste dans l’esprit de Noël- , Le cygne noir - non pas Black Swan avec Nathalie Portman, celui de Henry King, avec Tyrone Power, lui aussi une ressortie de 1947- , mais aussi Agathe Clery !

Au-delà de la plaisanterie, (cinéphiles et cinéphages se réjouiront de cet accès à des films moins évidents) là où l’offre pourrait s’avérer intéressante c’est dans le domaine des séries. En effet, pour ces contenus n’ayant pas de sortie en salle, pas de chronologie des médias à respecter. Les accords de distribution ne sont que contractuels. Au-delà des séries propriétés du groupe Canal,  en négociant avec les producteurs de séries américaines et françaises (qui sont parmi les contenus de fictions préférés des français[iv]. la plateforme sera en mesure de proposer des séries dont la diffusion est en cours outre Atlantique.

All that you can eat : vers une licence globale….corporatiste ? 

Après Deezer et Spotify , Netflix et Hulu, voici que la France, avec l’offre de CanalPlay ouvre la voie à la facturation de l’accès aux contenus en Streaming et non plus à la location ou à la vente des contenus comme entités autonomes. Du coup, à la première bouchée on leur trouverait presque un léger goût de licence globale à toutes ces offres ! A la différence près que si licence il y a, elle est encore loin d’être globale. Car pour accéder à de la musique, des films, ou encore des livres ou des articles de presse, il vous faudra souscrire à un abonnement certes illimité, mais auprès de chacun des fournisseurs, qui se prémuniront de votre infidélité par de soigneuses tactiques de lock in[v]

Quid de la création dans tout cela ? La logique actuellement à l’œuvre semble prioriser l’exploitation sous de nouveaux formats des contenus existants ou la valorisation des catalogues. Dans cette logique économique, les détenteurs de droits se retrouvent en position de force, autorisant sous condition financières l’exploitation de produits audiovisuels qui peuvent avoir déjà été amplement rentabilisés par les exploitations antérieures (ventes à la télévision, ventes à l’étranger, merchandising, création de licences, sequel, prequel, spin off, etc.). Mais, payer l’entrée d’un parc d’attraction qui propose les mêmes manèges que son voisin, a fortiori des manèges obsolètes, aura un intérêt de plus en plus limité pour les consommateurs. Les exclusivités seront donc nécessaires pour les attirer. La différence se fera également sur la valeur ajoutée de toutes ces offres. Facilité d’accès, de paiement, de navigation, taille des catalogues et même, mixité des catalogues : musique et vidéo notamment devront se partager la télévision. C’est là qu’Apple repointe le bout de son nez avec Apple TV et iTunes intégrés… en attendant que le tout nous soit servi dans un téléviseur « à la pomme ».

Poursuivez le débat :

·         Quel est selon vous le modèle économique le plus rentable pour la VoD ?

·         Quelles nouvelles offres imaginez-vous avec le développement de la TV connectée ?

[i]Netflix propose un service de location de DVD par correspondance. L'abonné paye une souscription mensuelle et reçoit les films de son choix par courrier. Il n'y a pas de limite de temps mais il y a une limite de nombre de films que l'abonné peut avoir simultanément qui dépend de son niveau d'abonnement.

[iii]Dans le réseau UGC, la carte illimitée (sortie en 2001) qui donne accès aux salles du réseau MK2, mais également à plusieurs dizaines de cinémas indépendants partout en France, coûte 19,80€. Le réseau a largement développé son offre de vente de confiserie et renforce ses ventes par un programme de fidélité (cumul de points à chaque achats de produits alimentaires http://fidelite.ugc.eu/) et par la délivrance de coupon de réduction et de promotion pour ces produits de confiserie simultanément aux billets de cinéma Les plus grands établissements sont également franchisés de la chaîne de restauration rapide haut de gamme BERT’S.

[iv]Donnat O. (2009) Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique, La Découverte. Voir aussi : http://www.humanite.fr/medias/les-series-americaines-bien-aimees-des-francais-482680

[v]Stratégies commerciales visant à empêcher ou à faire renoncer le client de changer d’offre. Cela peut prendre la forme de verrous technologiques qui font perdre à l’abonné l’ensemble de ses contenus acquis dans le cadre de la plateforme qu’il souhaite quitter.

Commentaires

Portrait de dwarf_power

 

Le monde de la télévision s'est organisé sur une consommation de flux. L'avènement d'un internet proposant suffisamment de bande passante va faire basculer toute l'audiovisuelle vers une consommation délinéarisée des contenus. La possibilité technique est là, l'intérêt est là, si la télévision ne veut pas subir le même sort que l'industrie de la musique, elle va devoir s'y mettre.

 

Le cinéma (et les séries) est un des piliers de la télévision, avec le sport, l'information et le divertissement. Canal plus y a bâti son succès, cannibalisant, avec l'aide d'une chronologie aménagée, toute l'offre cinéma du PAF. La fiction persiste sur la TV gratuite presque uniquement sur les séries, qui ne sont pas soumis à la chronologie.

 

Mais la dé linéarisation de l'offre cinéma fait perdre tout intérêt à une chaine cinéma; Tous les avantages, aucun des inconvénients. Donc les chaines canal plus sont mortes, et la société va devoir migrer tout son chiffre d'affaire sur l'offre en ligne.  Pour se faire, ils vont devoir convertir tous leurs abonnements en abonnement svod, l'achat à l'acte n'étant pas économiquement viable par absence de revenus récurrents.

 

Deux écueils vont se dressé face à eux: la chronologie des médias et la concurrence. Ces deux aspects leur ont été épargnés dans le monde télévisuel, par un coup de génie du législateur : l'adaptation de la chronologie des médias contre une aide au monde du cinéma.

 

Si Canal fait face in fine à la fnac, amazon, google et apple, il va être dur d'avoir des offres intéressantes et viables économiquement: on se dirigerait vers des accords d'exclusivité avec les distributeurs et des abonnés obligés de prendre une palanquée d'abonnements pour avoir accès à tout le catalogue cinématographique. Sachant que tout cela est disponible aujourd'hui en ligne dans des offres non "légales", je souhaite bien du courage aux investisseurs qui voudraient prendre ce créneau.

 

Le monde du satellite nous a par ailleurs appris qu'il n'y a pas de place pour plusieurs acteurs, d'échelle nationale tout au moins, dans ce domaine.

 

On va donc avoir soit un marché organisé au niveau européen, de telle sorte que les acteurs atteignent une masse critique de viabilité, soit il va falloir réorganiser le monopole de canal plus avec la même recette : exclusivité sur la chronologie, contribution cinéma en co production... etc. Le droit de la concurrence européen risque de rendre cela difficile cependant.

 

Techniquement vers quoi se dirige t on. J’emploi la un indicatif fort, car a mon sens, il n'y a pas de choix pour que les spectateurs adhèrent. Il faut tout le catalogue sur une seule (ou sur chaque) antenne, pas d'exclusivité. Il faut que le contenu soit visualisable sur écran TV, sans investir dans du matériel bizarre compliqué cher. Il faut que le contenu soit disponible en VM/ST. Il faut que l'offre soit lisible : une offre catalogue  > 36 mois, avec TOUT, une offre nouveauté, avec tout le catalogue entre 8 et 36 mois, éventuellement une offre super nouveauté, qui se substituerait à la vod actuelle, ou existerait à côté.

 

Il faut que cela soit disponible pour tout FAI et indépendamment de l'abonnement. Canal le fait aujourd'hui avec ses décodeurs. Enfin il faut que les tarifs soient intéressant et économiquement viables canal c'est 40€ / mois avec le foot. Un abonnement catalogue + nouveautés ne doit pas être sensiblement plus cher que cela.

 

 

 

Portrait de vsonet

En effet, avec ce type d'offres, les chaines du groupe ont du souci à se faire. Sans les cadres legislatifs sur-mesure, les effets de la concurrence seront francs et directs ! il va falloir être compétitif en termes de tarifs, de contenus et même d'ergonomie.... et il y a du travail dans tous ces domaines !

en outre, à l'heure de la glorification de l"ATAWAD", les exclusivités de device ou de distribution vont avoir de plus en plus de mal à passer. il va falloir être présent partout ! (ce qui pourrait coûter cher!)

en attendant ces offres 'idéales', il reste les offres illégale ....

 

 

Portrait de Ethanaul

L'avènement d'un internet proposant suffisamment de bande passante va faire basculer toute l'audiovisuelle vers une consommation délinéarisée des contenus.

J'attends de voir. Quand je vois qu'en lpein centre urbain, je n'ai pas droit à la télé ADSL, j'ai un gros doute sur l'amélioriation massive du sercice.

Portrait de dwarf_power

De mémoire, 63% des foyers français disposent d'une connexion à 7Mbps ou plus. Sachant que 2Mbps permet déjà d'avoir un flux 720p, le problème d'accès à la vidéo pour une part significtive ( 12millons de foyers ) de la population est plus une question de backbone et de peering que de boucle locale.

 

La question de la TV est particulière car vient se greffer plusieures problématiques.

FT ne propose pas de TV dans les NRA non dégroupés, et dans les NRA où les dégroupeurs ne proposent pas de TV, pour une question de concurrence et de position dominente.

 

Pour qu'un FAI dégroupe et propose de la TV, il faut qu'il installe des actifs ( donc immobilisations de capital ) et qu'il investisse dans une infrastructure de collecte ( en propore ou louée - donc soit des immobilisations soit des coûts récurrents ).

 

mais il n'y a pas besoin d'offre TV pour avoir accès à des fonctions de SVOD, au contraire, les offres TV sont des offres  non délinéarisées...

Portrait de yt759

La SVOD et abonnement catalogue : asphixiant côté création, car ajout d'une nouveauté ne change pas vraiment revenu des abonnements, donc tout est fait pour promouvoir le service, nouveauté ou même ajout catalogue films aciens pas le coeur du sujet, tout le monde s'en fout un peu.

Côté utilisateur, ça ne permet pas vraiment de se constituer une bibliothèque (disco, video, sito thèque), l'abonnement s'arrête tout s'arrête.

Il est clair que ce qu'il faut avant tout, ou au moins AUSSI, c'est un environnement d'achat à l'oeuvre ATAWAD et non monopolistique, et quasiment tout est là pour que ça soit mis en place, ce qu'il manque c'est une nouvelle fonction "tenancier de bibliothèque personnelle"(que des références et licences/contrats dans ces bibliothèques, pas de copies), et séparation claire entre organsiations jouant cette fonction d'une part, et éditeurs/magasins en lignes/hosteurs diffuseurs d'autre part. Et cela marcherait certainement mieux économiquement pour tout le monde, ne pas oublier le phénomène de club.

Perso tout ces services trop fatiguant, énervant, bourrés de pub suggestions et compagnie, mals foutus, règles compliquées ou ambiance on essaie du 2.0 version ringarde, je n'essaie même pas ou plus.

Après reste à savoir si on laisse uniquement Amzon, gg , ap ou autres mettre en place cela en version quelques quasi-monopoles verticaux ou pas.