L’internaute chasseur : Goldorak V. Star Trek.

Portrait de vincent.petitet

Surfer sur le net : cette expression qualifie la capacité des internautes à évoluer sur Internet, à chercher et à trouver ce qu’ils souhaitent, à s’exprimer comme ils l’entendent. Bref, surfer sur Internet désigne une capacité de circulation de l’internaute. Expérimenté, l’internaute pourra mettre en valeur sa mobilité et son agilité à faire usage d’Internet, un peu comme un usage du monde, naviguer et explorer. Or cet usage, si anodin soit-il ne concernerait-il pas, dans sa version détournée, une dynamique d’appropriation de contenus, de recherche soigneusement planifiée et finalement de traque ? Quand l’usage ne connaît point de limite et prétend à une appropriation totale des contenus quels qu’ils soient, ne  serions-nous pas d’abord dans une chasse aux contenus plutôt que dans l’acquisition de ceux-ci ? Internet deviendrait alors un gigantesque espace de chasse pour geeks aux canons acérés. Tentons alors une ethnologie imagée de ces nouveaux chasseurs.

Le phénomène de chasse est d’abord lié à la proie. Le pouvoir cynégétique, la chasse donc, s’exerce d’abord sur des proies que l’on convoite, que l’on souhaite posséder et s’approprier par tous les moyens. La question des moyens est là importante : pour l’internaute chasseur, peu importe la légalité de l’acquisition, ce qui importe c’est l’obtention rapide du contenu. Cette obsession du contenu est inégalement partagée par les internautes : ceux-ci sont donc très loin d’être tous des chasseurs. Le chasseur internaute appartient plutôt à un groupe restreint et technologiquement aguerri, qui convoite certains contenus (films, musiques, logiciels de jeux) et dont la chasse est caractérisée par un déséquilibre au sein duquel le chasseur exerce tout son pouvoir sur sa proie : la proie est muette et appropriable. La chasse aux contenus sur Internet suit le même cheminement : le chasseur souhaite s’approprier un contenu par tous les moyens, sans connaître de déplaisir, sans être contraint par un échange monétaire qui rétablirait du transactionnel là où il y a d’abord, pour lui, une volonté d’appropriation. Surtout, la notion d’auteur du contenu n’existe plus : l’auteur ne compte pas s’il impose une condition à l’appropriation revendiquée par le chasseur. L’œuvre devient donc froide, sans origine, anonyme et surtout consommable .Point de transactionnel ou d’échange ici,  mais une volonté d’appropriation et de possession dont la chasse, dans son aspect de traque, est l’incarnation ludique.


Au cœur de la pratique de l’internaute-chasseur, la traque suppose un plaisir à chercher, à dénicher, à échanger avec d’autres chasseurs les meilleures techniques de chasse et à faire du net une vaste garenne où exercer la traque. Certains forums prodiguent ainsi conseils aux internautes chasseurs, tout en proposant un choix des meilleures « armes », qui sont d’abord des techniques de téléchargement aux protocoles parfois très sophistiqués. La traque n’aime pas voir de limite à son terrain d’action : les internautes chasseurs sont là pour briser les protections dont s’entourent certains sites et ainsi chasser tranquillement où bon leur semble. La traque ne s’exerce alors pas seulement sur des contenus : elle peut aussi s’exercer contre un autre internaute dont le propos déplaît ou contre une prise de parole qui contrarie les internautes chasseurs. On organise ainsi une traque à Untel ; par exemple, tel individu qui conteste ouvertement les pratiques des internautes chasseurs sera traqué sur Twitter. On va le « stalker » c’est-à-dire le suivre systématiquement, le « troller » et le harceler jusqu’à expulsion éventuelle du territoire geek.


C’est le syndrome de Goldorak : souvenez-vous de Goldorak, ce mastodonte robotisé qui protégeait la Terre des extraterrestres ? Forcément méchants, les extraterrestres sont d’emblée considérés comme une menace par Goldorak. Point de discussion possible, Goldorak n’est point causeur. Il préfère attaquer immédiatement l’élément allogène, jugé comme forcément dangereux, afin de préserver son territoire. Mû par un instinct chasseur de propriétaire crispé, Goldorak accueille l’étranger au moyen de « fulgure-au-poing », de « rétro-laser » afin de le chasser de ses terres et de finalement le détruire à coups « d’astéro-hache ». C’est là une forme inédite d’hospitalité plutôt agressive. C’est là parfois une pratique d’internautes chasseurs, prompts à pulvériser tout élément de contestation de leur suprématie sur le Net via des posts assassins et du trollage intensif : malheur au contestataire !

Ceci nous mène donc à penser qu’il existerait différentes formes de chasse* sur Internet :
•    La chasse d’appropriation et de capture : l’internaute chasseur souhaite acquérir des contenus par tous les moyens. Il va donc chasser pour acquérir et donc souvent accumuler des contenus. On notera que la chasse d’appropriation va de pair avec une technologie d’effacement de la trace : on souhaite, en même temps qu’on traque des contenus, brouiller la trace de son identité afin d’éviter d’être à son tour soi-même chassé.

•    La chasse de protection de sa souveraineté : le chasseur, souvent un groupe d’internautes chasseurs, est persuadé d’être le seul à posséder un savoir sur Internet et affirme son droit à s’approprier les contenus qu’il souhaite. Il verra comme une atteinte à sa souveraineté de sachant –de bourgeois numérique – toute arrivée d’un nouvel élément critique. Il cherchera à  chasser cet élément, à le discréditer afin de protéger sa position et son statut auprès de la communauté des chasseurs et donc, à régner sur son territoire technologique.


Le syndrome Goldorak découle directement de la chasse de protection, mais est aussi une chasse d’appropriation qui se fonde sur la capture (des contenus) et le contrôle (de la parole.) Le chasseur est en effet un terrible propriétaire : il ne tolère pas d’incursion sur ses propres terres, il supporte mal la contestation en ses propres territoires. S’il revendique le droit d’aller chasser sur les sites des autres, il les moque à revendiquer une reconnaissance de leurs prérogatives. Le syndrome Goldorak est alors le fait de certains internautes chasseurs qui postulent la possibilité de chasser où bon leur semble, et de faire leur, par l’exercice de leur puissance, les contenus qu’ils désirent : tout ce qui circule sur le Net est virtuellement à eux.


Alors quel modèle opposer à Goldorak ? Je dirais qu’il faut agir en Star Trek plutôt qu’en Goldorak, ou plutôt utiliser la puissance de Goldorak pour une stratégie Star Trek. Dans la série Star Trek, sont mis en scène des individus détendus - souvent en pyjama où à ce qui s’apparente comme tel - naviguant dans l’espace, via une dynamique systématique d’exploration. Ils ne chassent pas : ils explorent. Ils ne s’approprient pas mais cherchent à acquérir. L’internaute Star Trek ne voit pas dans l’extra-terrestre une menace : il ne « trollera » donc pas, n’attaquera pas systématiquement sur Twitter mais engagera la discussion. Ce même internaute ne cherchera pas à braconner et à accumuler systématiquement du contenu : il est davantage dans une dynamique de la mesure et n’est pas prisonnier de son propre désir d’accaparement. Là où Goldorak chasse et capture, Star Trek explore. Reconnaissons néanmoins à Goldorak sa capacité de réactivité et la vigilance dont il fait preuve, même si son objet est a priori trompeur et son attitude un tantinet paranoïaque : l’internaute chasseur est en effet persuadé que ce qui vient modérer son activité est une menace. Cette vigilance existe aussi chez Star Trek, mais celui-ci ne prétend pas s’approprier anarchiquement les contenus qu’il explore : il observe, il soupèse et il décide. Une approche pacifiée du Net ne signifierait-elle pas alors évolution de l’internaute Goldorak vers l’internaute Star Trek ?

* Chamayou, Grégoire, 2010, Les chasses à l’homme, Paris, La fabrique éditions.

 

Crédit photo : Mario Castello

Commentaires

Portrait de klorydryk

Quand votre interaction Goldorak/E.T. est, dans la réalité, celle entre un citoyen et un Etat, permettez-moi de souligner la différence de rapport de force... qui discrédite votre belle métaphore.

Portrait de vincent.petitet

Il s'agit là davantage de décrire la posture de certains internautes, plutôt que de faire une typologie politique du rapport de force sur Internet. Je suis d'accord avec vous néanmoins sur la notion de rapport de force présent sur Internet, d'où ma question sur un Internet libre et pacifié.

Portrait de TheSFReader

Sérieusement, c'est volontairement que vous trollez là ? Parce que sinon, c'est très fort !

 

Déjà, concernant votre analogie entre la collecte de contenu et la chasse, vous associez un acte qui ne réduit pas la disponibilité de ce qui chassé, avec la chasse qui diminue cette disponibilité.

 

Vous aurez bon me répondre que le  manque de compensation  nuit au renouvellement des produits, pour ma part je pense qu'une TRES importante proportion de ces "chasseurs" n'auraient pas de toute façon consommé ceux-ci, puisque leur intérêt n'est justement non pas cette consommation, mais la chasse. (édité) Et également, ce n'est parce qu'ils collectionnent qu'ils mettent à disposition ...

 

Certains postulent même que les "pirates" aident à faire connaitre les artistes et producteurs de contenus.

 

Pour l'instant, aucune étude "impartiale" n'a été faite sur la réalité de l'une ou de l'autre de ces postures. Je pense justement que l'Hadopi, si elle rassemblait autour d'elle à la fois les "gros" et les partisans du libre ou du partage légal pour définir une méthodologie et la faire appliquer pour effectuer cette étude de manière indépendante, serait sans doute un formidable moyen de faire avancer le débat.

 

Cette potentielle étude n'est d'ailleurs pas le chantier "Economie des dispositifs de lutte contre le téléchargement illégal" puisque celui-ci se concentre sur les dispositifs de lutte et non pas sur une quantification de "l'économie du téléchargement illégal" en elle même.

 

Si dans une second temps vous séparez bien deux comportement également déplacés, dans un premier vous les amalgamez joyeusement !

 

" La traque ne s’exerce alors pas seulement sur des contenus : elle peut aussi s’exercer contre un autre internaute dont le propos déplaît ou contre une prise de parole qui contrarie les internautes chasseurs."

 

J'entends bien dans la seconde partie qu'il s'agissait là d'une transition d'une catégorie à l'autre, mais vraiment tellement peu marquée qu'on comprendrait que la seconde découle de la première, ce que ne réfute pas votre analyse suivante.

 

De même je ne comprends pas pourquoi, alors que vous asseyez votre définition du "Goldorak" sur son attitude aggressive vis-à vis de ceux qu'il estime (à tort ou à raison) comme "envahisseurs", vous le rattachez aussitôt avec le chasseur de contenu, les liant à nouveau étroitement. A vous lire, tous les ardents défenseurs du partage ou du libre seraient de collectionneurs de contenus illégaux. 

 

Amalgames... Vous ne pouvez pas mieux faire ?

 

Allez, dire qu'il y a des collectionneurs, des partageurs, des profiteurs, des défenseurs du libre et du domaine public... et éviter de mettre tout ça dans le gros panier, tissé et proposé par les Majors sous le titre "Pirates"...

 

Star-Trekement votre

TheSFReader

 

Portrait de vincent.petitet

Merci Sf Redaer pour ce commentaire.


Je ne m'interroge pas volontairement sur les conséquences quantifiables de la traque, mais souhaite mettre en lumière que le Net constitue pour certains un no man's land où la propriété des contenus n'a pas cours et où l'auteur n'a qu'une place restreinte. C'est davantage cette absence de limite à une accumulation personnelle de contenus qui m'interpelle, cette chasse qui devient une fin en soi. Porté par cette euphorie de la traque, Goldorak devient fort peu tolérant pour ceux qui l'empêchent de chasser : il les assimile à des ennemis, il ne les écoute pas tant son plaisir personnel de chasseur passe avant toute considération. C'est là le lien entre le chasseur et l'attitude de défiance contre ceux jugés comme des envahisseurs : d'où le recours au fulgure au poing et au dégommage bruyant de ceux "du camp d'en face". Or, selon moi, il y a co-construction plus qu'affrontement : c'est ce vers quoi je pense qu'il faudrait tendre.


Votre dévoué Spock.

Portrait de TheSFReader

Merci pour cette réponse :)

 

Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous persistez à amalgamer des gens différents, ayant des points de vues différents et des comportements différents, pour créer votre entité "Goldorakesque".

 

Que l'écosystème, en global, montre le comportement macroscopique que vous dénoncez, pourquoi pas, mais de regrouper tous les individus en leur attribuant individuellement ce comportement, c'est faire une erreur qui me semble grossière et loin des analyses que je vois habituellement sur les labs.

 

Que certains effectivement puisse être de cette engeance que vous décrivez, soit, il y a des imbéciles partout, mais alors quel intérêt de mettre la lumière sur ce minuscule pourcentage... 

 

De base, là, rien qu'avec ce billet, vous mettez des gentils gens qui sont pour les droits d'auteurs mais contre la censure, le filtrage et les déconnexions Internet, dans le même panier que des méchants pirates qui font du fric sur le dos de la mamie du Cantal. Alors qu'y'a pas grand chose qui m'énerve plus que ça. (Je sais, ça ne se voit pas, mais j'suis rouge colère de mon coté de l'écran).

 

Une solution à un certain nombre des problèmes que vous évoquez serait justement de mieux cartographier et comprendre les interactions entre les différentes "espèces" de l'écosystème, afin de mieux cibler les actions. Education pour la plupart (et pas avec un spot de merde à la gloire de l'Hadopi et des Majors), médiation avec d'autres et action en justice pour les derniers par exemple. 

 

En amalgamant ainsi, vous n'arriverez qu'à renforcer les défenses du "Goldorak Global" et à devoir envoyer Golgoth sur Golgoth se faire pêter la tronche, et à vous prendre en retour des Astéro-Haches et de Fulguro-Poings.

Portrait de vincent.petitet

Cher SF Reader, vous remarquereze que dans le premier paragraphe du billet, je précise que les chasseurs-traqueurs représentent une minorité d'internautes : de fait, ils sont déterminés par leur haut niveau de connaissance de l'Internet et des TIC et leur statut de super-geeks du petit monde numériques avec d'importants relais sur Twitter (on retombre dans la qualification de bourgeoisie numérique de mon précédent billet...). Ils constituent un groupe d'experts, une sorte de caste qui a d'ailleurs peu d'empathie pour "la mamie du Cantal." Par ailleurs, il ne m'appartient pas de dire qui sont les gentils ou les méchants mais de prendre acte de tendances lourdes visibiles sur le Net...

Portrait de christophe.alleaume

Bonjour TheSFReader. Vous écrivez "Certains postulent même que les "pirates" aident à faire connaitre les artistes et producteurs de contenus." Je suis d'accord avec vous : l'argument est si souvent inviqué qu'il mériterait une étude impartiale. Toutefois, en supposant - pour les seuls besoins du raisonnement - que cela soit vrai, l'étude pourrait-elle servir de justification au piratage??? Non, le pirate n'a pas à se faire juge de ce qui est bon pour l'auteur: à ce dernier de décider de la manière de faire connaître ses oeuvres. En outre, à quoi bon faire connaître les artistes, si ceux-ci n'en sont que davantage piratés??? Finalement, quel que soit le sens de l'étude à laquelle vous appelez, la conclusion sera que la tâche du législateur est de trouver un équilibre entre les droits des auteurs et des artistes d'une part, les libertés (accès à l'information et à la culture) des internautes d'autre part. 

Portrait de TheSFReader

Déjà, d'entrée, avoir un dialogue basé sur des faits plutôt que des postulats auto-justificatifs serait un net progrès.

 

Sinon, je suis parfaitement d'accord avec vous, elle ne pourrait en rien servir de justification au piratage, mais elle pourrait servir de base (par exemple) à une baisse des coûts (et donc des prix) liés à la lutte contre ces pirates.

L'application de DRMs n'est pas "neutre" d'un point de vue coûts (ni conforts d'utilisation), pas plus que le financement de sociétés Attributor. 

 

Vous parlez de trouver un équilibre entre le droit des auteurs, artistes et ayant droits d'une part, et les internautes d'autres part.  Ca tombe bien, c'est mon souhait. Mais pas si la balance est mal tarée, au bénéfice de certains ... 

Portrait de christophe.alleaume

;)  Nous envisageons de remettre un rapport officiel sur cette difficile question pour la fin du 1er semestre 2012... Mais la tâche est lourde

Portrait de David

Bonjour,

Je profite de votre commentaire, s’il m’est permit, pour rebondir sur une question pour laquelle je n’ai pour l’instant pas su trouver de réponse. Peut-être pourrait vous m’éclairer.

Savez-vous sur quel(s) rapport(s) se base le projet Hadopi ? J’imagine que cette politique de protection de la culture émane d’études ayant démontré les pertes financières engendrés par le piratage, et je serai très intéressé par la lecture de ces rapports.

Beaucoup d’informations se contredisant circulent sur la toile concernant les « chiffres du piratage », une meilleure visibilité des sources officielles serait je pense une étape cruciale dans l’analyse et la compréhension d’Hadopi par le grand public.  

Je vous remercie par avance du renseignement !

 

David

Portrait de kiz

Sérieusement?

depuis quand un artiste a le droit de décider de sa publication? A la fin son talent sert a engrosser les intermédiaires, je ne souhaite qu'une chose: payer l'artiste pour ce qu'il a fait, car cela me plait. les intermédiaires sont inutiles a l'heure d'aujourd'hui, mais tant qu'ils seront là le piratge ne cessera-pas.

Peu m'importe les chiffres du piratage, je ne payerais JAMAIS un intermédiaire qui fait de la marge sur le dos d'un artiste, a moins que sa amrge soit justifiée. Les "ayants-droits" gagnent un fric monstre, les artistes non. Le problème est là. Le piratage en est la conséquence.

Il ne faut pas combatre l'effet (le piratage) mais la cause (la sacem, les malors, et aujourd'hui l'Etat). Qu'importe les chiffres.

Portrait de vincent.petitet

Kiz,


Je pense que votre propos peut traduire une mauvaise appréhension du rôle des intermédiaires : à ce titre, Hadopi vient de publier un livret sur le sujet que je vous invite à téléchrger (gratuitement ! n'hésitez pas) Nous assistons plutôt à une obsolescence des intermédiares pré-numériques et à une reconfiguration de l'écosystème de l'intermédiation. La compexité technologique, la sollicitation permanente induite par le numérique imposent à l'artiste des contraintes qu'il n'est pas toujours en mesure de gérer. Sans compter la multiplication des canaux de diffusion d'une oeuvre qui vient complexifier le rapport entre l'artsiste et ses publics : ne peut-on pas voir alors l'intermédiation comme un vecteur de facilitation de diffusion d'une oeuvre ? Le piratage vient court-circuiter cet ajustement entre l'artiset et l'ayant droit et induit une dynamique de déstabilisation qui peut ôter à l'artiste la paternité et la singulraité de son oeuvre au profit de sa marchandisation forcée.

Portrait de Tris

Bonjour, comme l'a dit Christophe Alleaume, si tout se passe normalement, le rapport sera disponible fin du 1er semestre 2012 et dans la mesure où ce sera une étude provenant de l'institution ( de l'Hadopi donc), elle sera basée sur les éléments les plus neutres et les plus factuels possibles :)

Portrait de David

Tris,

Merci pour votre réponse, mais permettez-moi d’espérer qu’elle soit fausse. Si ce que vous dites est vrai (et si je comprends bien votre réponse), cela signifie que le projet Hadopi et la juridiction mise en place (ce que vous appelez « réponse graduée ») ne se base pour le moment sur aucuns rapports, sur aucun chiffre ? Sur une réalité qui n’a pas été démontrée, et qui n'en est donc peut-être pas une ?

J’espère qu’il y a eu un malentendu dans cette discussion et que des rapports officiels (ou au moins indépendants) ont bien servis de base à la création de cette Autorité.

Pouvez vous confirmer ou infirmer ceci ? Merci par avance !

 

David

Portrait de Tris

Hello :)

On travaille et on reçoit beaucoup de documents d'organismes comme l'IFPI par exemple, les missions parlementaires, le Crédoc, les Ministères, etc. C'est sur ces documents que nous nous basons notamment pour travailler, qui sont mis à disposition dans la partie Ressources du site.

Portrait de David

Me voilà rassuré, je vais pouvoir regarder un peu tout ça pour me faire un avis. Merci !

David

Portrait de TheSFReader

Justement, c'est là que je ne comprends pas.

Les "super-geeks" chasseurs de contenu et les "bourgeois" twitteresques ne sont pas les mêmes, ni si étroitement liés que vous le dites ! Que les uns soient couverts par les autres (par un effet de bord de leurs idées) pourquoi pas, mais sérieusement, je n'ai jamais vu un "méchant pirate" (ce qui exclut à mes yeux le Parti Pirate d'ailleurs)  twitter ses dernières acquisitions, ni un Twittos partisan de la license globale ou du libre défendre bec et ongles l'idée de piétiner les droits d'auteurs.

Portrait de vincent.petitet

Qu'entend on par le terme de bourgeoisie ? On peut la définir comme un groupe d'individus possédant une forme de capital (symbolique, financier, culturel...) leur donnant une capacité d'agir forte dans un milieu donné. Cette capacité d'agir leur permet d'occuper des positions d'acteur important au sein du sus-milieu et conditionne les moyens de leur action. Or Golodorak est un bourgeois numérique dans la mesure où son autonomie est forte, son savoir technologique tout autant et sa capcité à évoluer sur le Net est sans commune mesure avec celle de l'internaute moyen. Le statut de "dominant du Net" de Golodorak lui donne une conscience forte de sa liberté à laquelle il n'admet que peu d'entraves : super geeks et chasseurs de contenus se rejoignent sur cette idée que le Net n'est qu'une vaste garenne qu'ils parcourent en toute liberté et comme bon leur semble.

Portrait de dwarf_power

Goldorak n'es pas un bourgeois, c'est un aristocrate archétypal. Investi d'une mission supérieure à sa condition, désinteressé de son propre confort, s'incarnant dans le sacrifice de sa personne au bien de ceux qui lui sont inféodés.

Portrait de vincent.petitet

Merci Dwarf : pour aller plus loin, Goldorak est une figure archétypeale du contrôle total. Il capitalise la force, le savoir et la puissance. Il est intéressant par sa prétention à un pouvoir technologique total au service d'un instinct de propriété idéalisé. Il est bourgeois dans la mesure où il revendique la propriété de tout ce qui est à sa portée : l'accès aux choses signifie appropriation des choses. On a là une métaphore de ce que le chasseur entrevoit sur Internet : j'arrive à accéder à un contenu DONC ce contenu est à moi.

Portrait de dwarf_power

On est en déasccord total. La dualité Goldorak/Actarus marque cette distinction entre l'obligation de protection militaire due par le suzerain à ses vassaux, et d'autre part une obligation de bienveillance en temps de paix.

 

Actarus n'a aucun trait d'accaparement. Et concernant la concentration du pouvoir par la tachnologie, le professeur Procyon exerce sa mission de protection retiré du monde, et donc sans exercé aucun pouvoir autre que le monopole de la force employer contre l'ennemis extérieur.

Portrait de TheSFReader

Qu'ils se rejoignent sur une idée, sans doute. Sur celle là, je n'en suis pas sûr.

Et que vous les mettiez ensemble dans le même Goldorak, là se trouve selon moi l'abus.

Et tant qu'à être sur le terme de la chasse, vous savez comme moi qu'il y a les bons chasseurs et les mauvais chasseurs ^^ ...

 

Non, sans rentrer dans le sketch des inconnus (trop tard, déjà fait) , il y a les chasseurs qui restent dans les limites de la loi, les braconniers qui l'enfreignent, et si ça se trouve ils respectent tout deux mieux la nature que les abrutis qui jettent leurs ordures au vent après leur pique-nique en famille au milieu des bois. 

Portrait de Pedro

Quelques petites corrections permettent de voir que l'argumentaire réversible donc peu pertinent :

 

Ceci nous mène donc à penser qu’il existerait différentes formes de chasse* sur Internet :
•    La chasse d’appropriation et de capture : l'homme d'affaire chasseur souhaite acquérir des contenus par tous les moyens. Il va donc chasser pour acquérir et donc souvent accumuler des contenus. On notera que la chasse d’appropriation va de pair avec une technologie d’effacement de la trace : on souhaite, en même temps qu’on traque des contenus, brouiller la trace de son identité afin d’éviter d’être à son tour soi-même chassé.

•    La chasse de protection de sa souveraineté : le chasseur, souvent un groupe d’hommes d'affaires décidés à faire des profits, est persuadé d’être le seul à posséder un savoir sur Internet et affirme son droit à s’approprier les contenus qu’il souhaite. Il verra comme une atteinte à sa souveraineté de sachant –de bourgeois numérique – toute arrivée d’un nouvel élément critique. Il cherchera à  chasser cet élément, à le discréditer afin de protéger sa position et son statut auprès de la communauté des chasseurs et donc, à régner sur son territoire technologique.

 

Le mécanisme de la chasse de contenus par les internautes tel que vous le décrivez est en tout point similaire, mais autrement moins nocif pour la communauté, que la chasse opérée par l'industrie de la culture sur les sources potentielles de profit.

Les acapareurs de droits (Sacem, RIAA, Hadopi, majors..) masquent leur identité, via des technologies idéologiques et administratives, pour qu'on voit la trace du bien commun ou de la défense du petit artiste là où sont passés les gros sous des entrepreneurs qui considèrent les arts comme des produits de supermarché. Se draper de vertu, "brouiller la trace de son identité afin d’éviter d’être à son tour soi-même chassé".

On aura beau écrire tous les pamphlets que l'on veut, utiliser des analogies douteuses issues de la pop culture des années 80 pour attirer l'attention des Cyber-partageux, on aura beau se draper d'une diplomatie et d'une étonnante sérénité face aux piques des contradicteurs, il faudra bien à un moment admettre que la lutte de la culture du don contre la culture du profit est le coeur de cette bataille, et que c'est de ça qu'il faut parler.

Qui peut croire, encore aujourd'hui, que la création culturelle peut mourrir ? qui peut croire que plus personne n'inventera d'histoires, de musiques ou d'images sous prétexte qu'il aura du mal à en tirer profit ? Des personnes le croient. d'autres non. Qu'il s'agisse de minorités bourgeoises ou de majorités prolétaires n'a aucune espèce d'importance.

 

 

 

Portrait de vincent.petitet

Bonjour Pedro et merci pour vos observations.


Votre première remarque sur la pertinence de l’argumentation est selon moi faible : en effet, le réfutabilité d’un énoncé de signifie pas son irrecevabilité. Voir notamment Kuhn et pourquoi pas Lakatos…


Vous employez la métaphore de la chasse et l’appliquez à ceux que vous nommez les « hommes d’affaires » en insistant sur la dynamique de prédation qui alimente ceux-ci. C’est une option intéressante mais en quoi impacte-t-elle le droit et la protection des créateurs sur Internet ? Si vous reconnaissez la nocivité de telles pratiques prédatrices, pourquoi seraient-elles plus acceptables sur Internet ? Au-delà de la dimension profit, la chasse aux contenus est aussi selon moi une dilution de la notion d’auteur : celui-ci disparaît, ne compte plus et s’efface face à l’appropriation compulsive des contenus. Or une œuvre, sans référence à son créateur, devient froidement appropriable. Dans le geste de prédation sur Internet, s’affaiblit la singularité de l’œuvre pour ne laisser que de l’anonyme, du plagiat et de l’interchangeable. Or c’est aussi la singularité qui fait l’œuvre.


La culture du don dont vous parlez suppose un contre-don : or à quelle contrepartie soit s’attendre le créateur dans l’économie du piratage ?  N’est-ce pas là le rôle de l’ayant droit que de s’assurer de la pérennité de l’œuvre sur Internet , de sa juste diffusion et de la réciprocité du don ?

Portrait de FMUF

 

Je pense qu'il y a une certaine confusion concernant la notion de chasse que vous évoquez. On peut distinguer deux types de chasse à commencer par celle qui a pour proie un animal et pour laquelle un véritable déséquilibre existe. L'animal ne connaît pas la puissance des moyens que l'homme chasseur a à sa disposition. Ni l'oiseau migrateur ni la douce biche n'ont conscience de la portée d'un fusil à canon superposé ce qui crée une profonde distortion que les lois sur la chasse tentent de rétablir pour que cette occupation du dimanche ne se transforme pas en génocide animalier. Et puis il y a l'autre chasse, celle qui n'existe normalement pas dans nos pays civilisés : je veux parler de la chasse à l'homme ! La proie dans ce cas connaît les dangers ou à défaut les estime ce qui lui permet de construire une stratégie de défense ou d'esquive différente de celle prévisible de l'instinct de fuite de l'animal. Sur Internet, ceux qui font l'objet de la chasse que vous mentionnez sont à ranger dans la deuxième catégorie. Il ne saurait être question d'invoquer l'innocence de l'animal pour aller pleurer par la suite sur des épaules bien souvent incompétentes à cause des dommages que ces méchants chasseurs auront fait au gentil lapin. Car ceux-ci utilisent avant tout les failles béantes que les sites supposés sécurisés laissent à leur portée. Sony en a fait la triste expérience l'année dernière. Beaucoup plus que des traqueurs assoiffés de contenus gratuits, ces chasseurs sont avant tout les vrais missionnaires d'une prophylaxie numérique dans un espace où l'équilibre des moyens, contrairement à la chasse dominicale, devrait faire rougir de honte ceux dont le métier est de fiabiliser l'accès à ces précieux fichiers MP3. Si l'intelligence semble être du côté des chasseurs numériques, n'est-ce pas d'abord parce que l'aveuglement de la proie digitale la conduit tout droit dans la tétanie de la panique ?

Portrait de vincent.petitet

Cher FMUF, merci de votre commentaire.


Pour être "d'équerre" avec votre propos, j'y répondrai de façon précise.


Sur la chasse à l'homme : comme je l'ai indiqué, toute chasse suppose une théorie de sa proie. La chasse à l'homme n'échappe pas à ce principe : elle est d'autant plus déséquilibrée dans son rapport de force qu'elle suppose une déshumanisation de la figure du chassé pour le chasseur. Le chasseur d'homme fait de l'homme chassé un animal dans une rationalité politique violente et le nommera : esclave, banni, hors la loi, proscrit.Cette exclusion de l'humanité vaut pour toute chasse à l'homme : chasse aux indiens, chasse aux "peaux noires" dans l'amérique esclavagiste du 19è siècle...


Sur l'Internet : les chassés, les artistes par exemple, font là face à des entités de chasseurs qui sont guidés par une dynamique pécuniaire qui ignore la mise en valeur de l'artiste, la défense de son droit à la propriété de l'oeuvre et son droit de regard sur les conditions de sa diffusion. Le chasseur n'a de cesse alors de prélever chansons, films, livres etc...non pas dans une économie du savoir ou de l'amateur éclairé mais plutôt dans ue accumultaion systématique. Dans ce cas, bien peu de crédit est accordé au cxréateur qui n'est finalemnt qu'au service du plaisir du chasseur. Ce n'est pas forcément l'intelligence qui est du côté du chasseur numérique mais une convivtion que tout est appropriable : alarmente réification du monde n'est-il pas ?