L’internaute, ce « parlêtre »

Portrait de vincent.petitet

L’Internet est tout entier baigné dans le langage : c’est même une structure de langage qui se développe et qui croît en fonction d’une complexification sémantique. Allons plus loin : l’Internet est dépendant des langages qui l’habitent : que cela soit de la langue courante, mais aussi du langage HTML et même des édifices algorithmiques, sans oublier les étranges ontologies qui président à l’élaboration de typologies propres à certains sites.

Le langage est donc une donnée ubiquitaire sur l’Internet : il se développe de lui-même, évolue à son gré et produit des espaces contributifs investis par les internautes. L’internaute n’est donc rien d’autre qu’un être de langage, son identité est un « parlêtre »[i] nous dirait malicieusement le psychanalyste Lacan. Car l’Internaute ne fait que parler : il parle de lui, des autres, de son environnement. Il est un bavard invétéré. Mêmes les gamers les plus aguerris sont investis de cette économie du langage, notamment quand le jeu est en réseau et qu’il s’agit de s’allier à d’autres joueurs pour des quêtes (WoW) ou, quand jouer signifie aussi participer à des forums, rechercher des patchs et, pour les plus aptes à manier le langage html, élaborer de savants adds-on. Bavard, l’internaute l’est aussi car il ne se sent pas contraint : Internet agit comme un jeu de langage auquel il est amusant de participer.

Mais le ludique cède parfois le pas à l’injonction numérique : le twittos ne saurait ainsi se passer aisément de l’instantanéité de Twitter, l’accroc à Facebook ne cesse de poster des commentaires. Voilà de nouveau le langage qui pointe son nez : le commentaire c’est encore du langage, sur du langage. Un internaute qui ne parle plus n’a plus d’existence sur le Net, il s’en va habiter l’inconscient du réseau mais, s’il ne poste plus, il n’existe plus. Le langage des réseaux sociaux dépasse donc le stade de la société cancanière : il va beaucoup plus loin. Il apporte en effet une existence sociale en même temps qu’il légitime une position et des statuts : tel blog est référent, tel site est incontournable car élaboré par un geek lui-même illustre. A ce titre, le langage d’Internet a la même fonction que le langage de la société proustienne : il signe un combat pour l’accession sociale et dessine les contours d‘une notabilité, mais numérique cette fois. Inévitablement celle-ci passe donc par l’utilisation adéquate du langage. Est-ce à dire que le monde de l’internet est aussi celui des logiques de distinction sociale à l’œuvre dans les sociétés contemporaines occidentales ?  Peut-être. Dans tous les cas, l’Internet fait de l’acquisition et de l’utilisation du langage un enjeu puissant, à l’aune duquel se juge la présence, l’influence et donc le statut social de l’internaute. Le geek ne serait-il rien d’autre qu’un « bourgeois numérique » ? Question en elle-même provocatrice tant les geeks les plus acharnés se revendiquent d’un modèle souvent libertaire…Ce qui ne fait pas de doute c’est que l’internaute chevronné est passé maître dans l’art du langage et qu’il en possède une connaissance qui fonde une distinction. Loin d’être purement ludique, le langage est ici un véhicule fortement différenciateur car en lui s’effondrent les autres types de distinction plus classiques comme l’apparence physique, les façons d’agir, l’acquisition du savoir-vivre etc…

Alors Internet aurait-il tué la langue ? Bien au contraire, il en amplifie la réception et l’utilisation. Dans le même temps, il en modifie la  forme car il étend le langage à la mathématique et à la précision de l’algorithme sans cesser de l’articuler à de nouvelles logiques de distinction sociale. En cela, le langage de l’Internet recèle une tension entre la fantaisie du geek et la précision du développeur. N’est-ce pas là le principe du langage de l’Internet : un discours libertaire qui cache une acceptation tacite des règles du langage, bref une discipline de liberté ?

Commentaires

Portrait de dwarfpower

Donner au langage un rôle primordial sur internet c'est en enlever la plus grande partie. Tout d'abord, internet ce n'est pas le web, c'est bien plus, ça n'est pas que l'échange de signes entre êtres humains et c'est amené à l'être de moins en moins. Réduire internet à cela, surtout sur un lab de hadopi, entité destiné à lutter contre les échanges de fichiers binaires entre aplpication pourrait être un comble.

Admettons le leger abus de langage utilisé comme facile simplification pour servir le propos. Mais même accorder au langage une place prépondérante sur le web est une double erreur.

D'une part parce que les contenus s'enrichissent de plus en plus d'éléments qui ne sont pas langagiers, mais surtout parce que ce qui a fait la révolution du web, c'est le lien. Ce lien est en lui même porteur de sens, et sans passer par une symbolique proche d'un langage. L'ontologie se crée mais n'est même plus accessible à l'utilisateur si il n'est assisté d'outils à même de l'exposer.

In fine, celui qui va réduire son expérience du web au langage va juste rater ce monde qui s'ouvre et au lieu d'ên être un bourgeois, il va se retrouvé réduit à un nouveau Lumpenproletariat.

 

 

 

Portrait de vincent.petitet

Merci Dwarftpower de votre commentaire qui soulève d'importantes et de pertinentes questions.


1) Le langage binaire est un langage, l'algorithme est un langage, Unicode ou ASCCI sont eux-mêmes des langages. Il s'agit donc de ne pas voir dans le langage un simple échange de signes mais ce qui alimente l'existence même de l'Internet.Le langage est donc plutôt un véhicule de significations porteur ou non de contenus, il est autant mathématique que technique. Dans tous les cas il est structurant.


2) Le lien passe par le langage : la où il y a du lien, il ya de la langue c'est-à-dire qu'il y a construction et élaboration d'un environnement qu'il soit numérique ou non, qui crée des interactions. Comment communiquer sans langage ? La complexité d'Internet passe par la complexification de la notion de langage. La pensée sans langage n'est qu'un balbutiement.


3) Un monde qui s'ouvre est baigné de langage sinon il n'existe pas, il ne peut être perçu ni compris. Comment expérimenter "le monde" dont vous parlez sans le nommer, sans le territorialiser et sans l'alimenter comme vous le faites si bien ici ?


4) L'appropriation d'un savoir sur l'Internet, la capitalisation de ce savoir sous forme de compétence technologique est un pouvoir qui donne accès à un statut de sachant de l'Internet, un "geek". Celui qui sait est en position de force car il mobilise un capital intellectuel, il en fait usage pour prendre la parole - comme vous le faites - et pour, in fine qualifier ceux qui ne disposent de savoir de Lumpenproletariat (réflexe hautement bourgeois, non ?). En ce sens, vous affirmez là votre position de dominant de l'Internet et vous en reconnaissez les rapports de force.

Portrait de Anonyme

Bonjour,

je me permets ces quelques remarques :

- "Le langage binaire est un langage", non, le langage binaire est un langage informatique, au mieux. C'est un code, un point c'est tout.

- "l'algorithme est un langage", non, encore une fois, l'algorithme est une grammaire informatique au mieux mais un langage c'est impossible, il faudrait que les ordinateurs pensent ce qui n'est pas le cas : ils calculent. 

- "Unicode ou ASCCI sont eux-mêmes des langages", non, toujours pas, ce sont un système de codes informatiques pour échanger un ensemble de signes électroniques, ça s'arrête là.

Il existe un biais important en informatique, il s'agit de l'anthropomorphisme. Le langage (humain) n'a rien à voir avec le langage informatique et pourtant vous parlez du deuxième comme s'il avait toutes les qualités du premier. Ce n'est heureusement pas le cas.

Cordialement,

hatori.

 

Portrait de vincent.petitet

Merci Hatori de ces apports sur la notion de langage. Mais je crois néanmoins que les notions que vous évoquez (binaire, algorithme, ascci) sont des langages dans la mesure où ils produisent du sens, de la signification et renvoient à un fonctionnement systémique de mise en relation entre des éléments (comme les maths...) Pour persvévérer dans mon propos, je pense qu'Internet est, pour reprendre PIerre Clastres (un ethnologue, celui-ci !!) un "Grand Parler" qui ouvre un espace d'intelligibilité et qui signe une circulation de la parole régie par l'instantanéité.

Portrait de dwarfpower

 

Le langage est signe pour le locuteur. Vous placez celui-ci au dessus de tout, seul, et concluez donc que s’il y a sens, il peut s'exprimer par une forme de langage qui est donc intelligible pour l'humain.

La complexité des interactions, qui n'ont pas attendu l'homme et le langage pour exister, créent constamment du sens, sans destinataire. L'extraction de ce sens qui le rend intelligible, est un filtre qui permet de l'analyser dans un langage et donc avec les signes de l'humain. C'est le travail que font tous les jours historiens, archéologues, physiciens, qui recherchent un sens qui pré existe à son expression.

Internet, et le web, en créant un nouvel espace d'interaction, interaction des hommes, de leurs expressions, de leurs artéfacts, mais aussi de nombreux autres objets et concepts ( ou plutôt conceptualisables  puisqu'ils ne deviendront concept qu'une fois appréhendés)  a permis de démultiplier cette création de sens, d'une part parce qu'il facilite la mise en relation, mais aussi parce qu'il permet d'en garder la mémoire.

Un internet sémantique chercherait à extraire ce sens pour le rendre intelligible, et crée des concepts, et des langages - humains, donc de signes et de symboles et non machine - afin de permettre aux locuteurs d'exprimer ce qu'ils en ont saisi, et qui est une infime partie du sens qui a été saisi, ou créé.

Vous placez l'homme au sommet d'une pyramide de sens, je le place, et moi en premier, à la base d'une pyramide inversée, vous créez de nouveaux dieux, je me perd dans l'immensité d'un univers infini...

PS: je hais les captcha

Portrait de Tris

Hello Manu,

oui je sais, moi aussi je les déteste mais j'ai été obligée d'en inclure un peu partout, suite à une attaque de flood bien sympathique. Tu me diras les captcha n'empêchent pas le flood mais cela ralentit pas mal :)

Portrait de dwarfpower

n/a

Portrait de Tris

Je suis confusionnée :)

Pardon de t'avoir confondu. Fin de journée, fatigue, tout ça :) 

Portrait de vincent.petitet

Dwarfpower, votre réponse m'interpelle.Votre lyrisme vous invite à vous "perdre dans l'immensité d'un univers infini" : l'ivresse de la perte n'est-elle pas conditionnée par votre connaissance de cartographe ? Autrement dit vous acceptez de vous perdre avec délice dans la matrice parce que vous la connaissez et parce qu'Internet rend pour vous le monde plus habitable. Vous parlez de Dieux ? Or votre allusion à un sens "préexistant" n'est-elle pas une vénération de la pré-cognition chère à Platon et une adhésion au monde -divin justement- des Idées ou plus prosaïquement à la surpuissance du Big data ? Il y avait des "bourgeois numériques", il y en a désormais les prêtres...Je vous salue ainsi Dwarfpower !

Portrait de dwarfpower

car je n'invoque pas de connaissance particulière ni ne suis-je un intermédiaire pour atteindre au grand tout. L'infini était plus une référence qu'un quelconque lyrisme. Il est vrai qu'il y a un certain mystiscisme à trouver dans l'organisation des choses un sens discernable, mais il relève plus d'une affiliation Jungienne que Platonicienne, et je n'y place pas un ordre pré existant, mais plus une accrétion qui cristalise une signification.

A mon avis, il ne peut y avoir de pre cognition, puisque la cognition ne peut survenir qu'a la prise de conscience, ou à l'observation des entités.

Bon tout cela fait pompeux, mais il y a une grosse source de réflexion, pour celui que ça interesse; je ne suis pas sûr que ça passionne les foules twitteuses.

 

Je vous salue, sans titre, pour cette occasion de réflechir

Portrait de sam

L'utilisation de l'Internet par les Hommes est bien une forme de société, et donc, au sens de Marx, nous pouvons en avoir une lecture qui nous emmème vers la lutte des classes. Quant a savoir qui est le bougeois, je doute que cela soit le geek, mais de toute façon, là n'est pas la question.
Rien de nouveau concernant la maitrise d'un art ou d'une technique dans nos sociétés, elles ont toujours été valorisées. Pourquoi en serait il autrement sur le réseau ?

Attendez, un instant.
A-t-on a vraiment cette vision de valorisation par l'art dans le réseau ? Je ne suis pas sûr, car il existe d'autres valeurs fondamentales dans le réseau, qui ne sont pas si appuyées dans nos sociétés.

Depuis ses propres fondations techniques, les fameuses RFC, le réseau s'est construit non pas sur le langage mais sur le partage de la connaissance et sur l'élaboration de protocoles depuis la masse, depuis le "peuple du réseau". Nous ne sommes pas là dans un modèle élitiste. Il n'y a pas de castes supérieures. L'histoire du réseau nous impose par contre de constater qu'il n'y a pas forcément eu de concensus (multiples exemples : l'internet connecté des PTT francais versus l'ARPANET américain, dernièrement les problématiques concernant les serveurs racines DNS).
D'où vient alors cette vision, cette volonté de créer une élite ? Je pense qu'elle provient de l'application du mécanisme social de notre société (francaise par exemple) sur un monde qui est organisé d'une maniere totalement différente, en somme de l'arrivée du "peuple de la société" dans le réseau.

Ma vision se trouble au moment même ou vous estimez que le langage sur le réseau est un combat au sens de Proust. Encore plus loin vous nous dites qu'il s'agit d'un combat pour "l'accession sociale".
Vous balayez d'un simple revers la notion d'égalité qui doit exister dans le réseau. Notion qui est une valeur fondatrice de notre République dans le monde réel. Nous pourrions arguer des détails techniques de connexion, de l'inégalité de débit en France entre les Hommes, mais nos plans de société nous suggèrent que nous allons combattre ces inégalités (plan numérique 2012 si tu écoutes, salut!)

De l'essence de l'internaute.
Bien sur, je ne sais par quel désir, vous tentez de nous faire croire que le monde du réseau est très proche de notre monde social actuel. Cela permettrait d'asseoir certaines valeurs et certaines institutions, qui y trouveraient alors une légitimité a décider de la bonne marche du réseau. Bien entendu, avec ces institutions, nous retrouverions toutes les armes de celle ci: la reconnaissance dans l'effort (diplome, prime), la sanction dans l'erreur, etc. Cela permettrait aussi de transposer le rapport de force social qui existe, et de garder cette notion d'élite. Il n'en est rien. Comprenez que je veux partager. Ne me faites pas croire que je peux tout prendre, cela ne m'interesse pas.
La maitrise d'un art est de facto une distinction, certe. Une différence animale, brute, voir innée. Rousseau nous apprend que le fondement de la société est basé sur le dépassement de cette force animale, par la création de lois. Encore une fois nous revenons à cette notion d'égalité républicaine.
Ici nul besoin d'introduire les concepts de la philosophie libertaire, il s'agit de république. Nous ne pouvons nous permettre de l'effacer sous le seul prétexte que nous serions différents en face notre usage du langage sur le réseau.

De l'existence de l'internaute.
Le fait simple d'être internaute, en tant qu'utilisateur du réseau Internet, définit l'existence. Il n'est alors nul besoin de devoir, oui devoir, poster. Kant nous apprend que l'existence est une position, et non pas un concept, et qu'en ce sens, il faut comprendre l'immédiateté de la chose. Cet argument est très important car il est la base de l'illogisme de votre réflexion.
Aucun concept, et donc le concept du langage, n'est un prédicat à l'existence.

De cette duperie, en découle l'idée darwinien que vous developpez, mais cette fois, non pas sur des critères biologiques, mais sur des critères sociaux. Voila pourquoi s'introduisent ici ces notions de devoir.

Si nous voulons faire un modèle social précis des échanges humains sur le net, alors nous devrions regarder là où il le faut. L'effort communautaire des developpeurs de logiciels libres est un bon exemple, avec une histoire de près de trente ans qui permettra d'asseoir la stabilité de l'étude. C'est un bon départ.
Vous y découvrirez que les castes sont inexistantes, que l'effort est commun, que l'égalité est acquise, et que la liberté est recherchée. Un monde parfait ? non. un monde différent de celui que vous transposez dans votre mécanique. Bien sur je peux comprendre le déséquilibre social que l'on peut trouver face à ce nouveau monde: quelle est alors ma place ?

Le Leviathan social n'existe dans notre réseau que si nous le créeons. il n'est pas inéluctable. C'est en le combattant dans ces maux que nous le repousserons. Asseoir un modèle social d'élite n'aidera pas. Il ne permet qu'à quelques parvenus de nous faire croire qu'ils peuvent prendre en main les problèmes du réseau. Malheureusement l'histoire du réseau nous apprend que c'est la masse, le "peuple du réseau", encore et toujours, qui crée la solution. Il existe cependant un élément essentiel qui ne rentre pas en ligne de compte, celui de la construction physique du réseau. De mon point de vue, ces entreprises privées ont saisie l'opportunité de faire de l'argent en construisant leurs projets, et tant mieux. Mais en aucune manière, elles ne se sont impliquées dans la construction du modèle social de l'utilisation du réseau. Jusqu'à aujourd'hui: nouvelles offres commerciales explicitant les usages et contrôle de cet usage (DRM, DPI, etc).

C'est ici, dans ce contrôle de la définition de l'accès et de l'usage de l'Internet qu'il faut voir clairement la remise en cause de l'existence de l'internaute.

sam

Portrait de vincent.petitet

Merci Sam de votre réponse : elle prouve que les Labs sont des espaces conversationnels propices à la discussion et à l'exercice critique et c'est très bien. Vous défendez une conception du réseau intéressante mais fondée sur un a priori politique qui postule une égalité, une liberté propres à un monde idyllique. Il me semble que vous négligez les enjeux de savoir propres à l'Internet et les lignes de forces qui le traversent : en tant qu'entié construite et artefact social, le réseau instaure, d'une façon non volontaire, une hiérarchie entre ceux qui sont des sachants du monde  de l'Internet et ceux qui n'y ont pas accès ou qui en ignorent les subtilités. La sociologie des réseaux le montre : nous ne sommes pas égaux dans notre accès à l'Internet et dans notre maîtrise technique du réseau. Au lieu de s'insurger contre un constat qui ne plaît à personne, il faudrait tendre à démocratiser l'accès au net et affirmer l'importance d'une économie humaniste du réseau. Par ailleurs, je note également l'injonction numérique qui s'impose aux plus jeunes individus. Pour faire partie du groupe, il faut être sur Facebook, il faut pratiquer Twitter, comme si s'imposait une économie nouvelle des subjectivités qui imposait le réseau social comme modalité incontournable de communication. En refuser l'utilisation c'est alors s'exclure du groupe et risquer une symbolique progressive de la marginalisation. La technologie deviendrait-elle le tiers instituant obligatoire de notre rapport au monde ? Un tiers pourquoi pas....mais alors un "tiers instruit" comme le dirait Michel Serres.


Merci Sam et continuons de cheminer ensemble le long du réseau...

Portrait de sam

Bon, j'abandonne le coté construit, parce que l'on atteint le bout de la conversation pour moi malheureusement.

Non, les labs ne sont en rien des espaces conversationnels propices à la discussion.
la forme technique "wiki" n'est pas la meilleure forme pour ce genre d'échange.

Bizarrement, j'ai voulu que mon propos soit apolitique. je pense encore l'être. l'égalité n'est pas politique. ou alors voulez vous vraiment défendre une thèse décrivant clairement que l'égalité n'est plus absolue, est différente selon le genre ?

Ne me faites pas le coup du monde idyllique, je l'ai écris de moi meme : "un monde parfait? non"

Vous confondez encore une fois la maitrise des protocoles avec la maitrise des propos isssus de la couche sociale qui vient d'arriver dans le monde du reseau.
le "peuple de la société" se cherche sa place sur le reseau, mais forcement, il y a un historique. Certains vous diraient meme il y a des regles, celles issues de la reflexion du "peuple du reseau".

le "peuple du reseau" vous acceuille dans ce monde, il l'a construit pour vous. ne venez pas lui dire que maintenant il est votre, alors qu'à la base, les règles étaient le partage, la symétrie du protocole de @epelboin

"le réseau instaure, d'une façon non volontaire, une hiérarchie entre ceux qui sont des sachants du monde de l'Internet et ceux qui n'y ont pas accès ou qui en ignorent les subtilité"
Encore une fois, ce n'est pas le réseau qui instaure cela, ce sont ces pseudo valeurs sociales que vous venez transposez dans le monde du reseau. il faut arreter là cet argument, je ne peux revenir dessus.
Si vous decidiez qu'il en etait autrement, ici et maintenant, il en serait autrement.

Qu'importe la maitrise technique du reseau, le simple fait d'utiliser le reseau fait de vous un internaute.
quand vous conduisez une voiture, vous voulez nous dire : vous n'etes pas un pilote, donc vous etes en dessous socialement, en dessous du bougeois automobile qu'est le pilote. Et donc ?
je suis contraint de vous faire comprendre que je n'ai jamais eu d'accident, je ne met personne en danger, et je suis un automobiliste simplement parce que j'ai un permis de conduire.

C'est vous qui creez cette différence en défendant cette thèse. tout simplement. rejoignez moi et défendons autre chose. là, je suis politique.

Honnetement, je n'ai meme pas envie de vous repondre concernant cette théorie du groupe (etre sur facebook, etc), et surtout de l'exclusion, ne pas etre dans le groupe. Cela a été traité mille fois. suffit de lire.

lire. se retrouver seul face au livre. ne pas pouvoir lui répondre, car cela n'est techniquement pas possible. et donc, selon vous, ne plus exister, car je suis écrasé, broyé par ce livre.
allons.

Portrait de vincent.petitet

Mais pourquoi ignorer que le réseau puisse être à l'abri de logiques d'exclusion ? Il convient je crois de reconnaître que le savoir technologique mobilisé par les réseaux et l'économie du savoir qui en découle donnent à certains des positions dominantes. Certains accumulent un savoir qui leur donne un statut au sein du réseau, d'autres accumulent une notoriété qui légitime une prise de parole au sein même de ce réseau, d'autres sont dans des logiques d'expertise qui leur autorisent à déterminer la légitimité d'une prise de parole sur et au sein du réseau. Ce n'est ni bien, ni mal, ce sont des logiques d'acteurs : c'est aussi le constat qu'Internet est tout entier baigné dans du social et qu'à ce titre il intéresse aussi bien des savoirs informatiques et techniques, que des savoirs humanistes comme la sociologie, la philosophie, le droit ou à un autre niveau l'économie.

Portrait de Tris

Hello,

l'auteur du billet étant en train de chasser le caribou, il risque de ne pas te répondre tout de suite, donc ne t'en formalise pas. Mais je te garantis que dès qu'il sera de retour, je lui dirais de te faire une réponse :)

Portrait de Tris

N'aimant ni les attaques gratuites ni l'attention whore, je me permet de laisser ton commentaire là où il est, à savoir caché.

Quand tu viendras faire une réponse construite et respectueuse, ainsi que le préconise la charte de cet espace, que je t'invite à lire, je la validerais.

Portrait de Daniel L.

Bonsoir Vincent,
un article au vitriole sur Reflets m'a fait venir ici. Attention à l'utilisation du concept de langage dans le domaine de l'informatique. Je n'ai pas encore sérieusement lu votre article mais j'ai l'impression que le concept de codage de l'information vous serez bien utile pour opérer une meilleure séparation de ce qui est langage de ce qui ne l'est pas. 

Portrait de Houba

"un article au vitriole sur Reflets m'a fait venir ici"
Pareil. L'article de reflet à au moins l'avantage de donner de la visibilité à cet article...

 

Portrait de vincent.petitet

Bonjour Houba : visible c'est bien, entendu c'est mieux :p

Portrait de vincent.petitet

Merci Daniel, vous avez vu juste sur la notion de codage de l information, notion qui me semble au plus au point strategique. Mais je reviens sur le langage : la programmation informatique n'opere-t-elle pas par langages ? Des lors, le reseau n'est-il pas d'abord le lieu de circulation de plusieurs langages ? L'informaticien, ce nouveau linguiste...

Portrait de dwarf_power

Mais je vais essayer, soit de trouver, soit de pendre le temps d'ecrire, quelque chose sur les langages pour vous montrer à quel point le langage informatique n'est pas un langage humain, et comme quoi un codage informatique n'est pas ni un langage informatique ni un langage humain.....

Portrait de dwarf_power

Juste je n'ai pas le temps de faire ça bien.

Pour une trame d'idées, le langage est centré sur la symbolique et l'abstraction, choses dont un codage ( c'est à dire une convention lexicale ) ou un langage informatique sont quasi systématiquement dénués.

On pourait éventuellement chercher des notions symboliques dans des langages de programmation par prédicat ou encore certaines applications de certains langages focntionnels , mais on est tellement loin d 'un usage courant que cela reste négligeable.

 

Le langage informatique est denué  de toute forme de capacité de communication. Il n'est que codage de l'ation locale accessible à un univers informatique. Le codage informatique n'est que convention au moyen de laquelle on transforme de manière réversible une information ( qui peut être une expression dans un langage ) dans une forme traitable par l'informatique.

Ceci est un peu hors sujet, avec les clarifications qui ont été apportées depuis le début de cette réflexion, mais nécessitait un peu de clarification. Ce que j'apporte est bien maigre, mais à défaut de plus d'investissement.....

Portrait de vincent.petitet

Merci Dwraf mais le langage n'est pas que du symbolique et de l'abstraction : il intègre du signe, du signifiant, du signifié et des dimensions physiques dans on  expression. Par ailleurs, vous débutez votre second point en parlant de "lanage informatique", ce que, précisément vous venez de nier...Enfin, la transformation de l'information en une forme "traitable" est un exercice de langage autrement dit de dénomination et de traitement du réel, du codage somme toute !

Portrait de dwarf_power

Pour le premier point, n'étant pas linguiste de formation c'est la recherhe que je n'ai pas eu le temps de faire pour approfondir le sujet. L'intérêt est là, mais le temps à y consacrer n'y est pas. Je ne peux répondre sur ce point, mais mon intuition et la petite base de connaissance que j'ai me font tendre dans l'autre sens. Peut-être un jour approfondirais-je la question.

Pour le seond, nonje ne me contredit pas. le terme langage informatique a un sens qui n'a rien à voir avec le langage du linguiste ou du philosophe des langages. le sens existe mais pour l'inetrlocuteur, qui n'est pas humain, mais machine ou programme.

Prenons l'exemple d'un moteur de rendu graphique programmé en C sur une base opengl. Le langage C va, une fois compilé avoir un sens pour le processeur, le code opengl va avoir un sens pour la carte graphique. ni l'un ni l'autre ne seront vecteur de communication ni de sens pour l'utilisateur. Le sens, le communiqué, viendra du travail du graphiste qui aura préparé ce qui est affiché. On sera dans du langage graphique. Coté informatique pur, il n'y aura pas de sens pour l'humain, en tout cas pas de sens ni directement accédé, ni directement perçu - même inconsciemment.

Portrait de Muad dib

Tous les systèmes informatique se basent sur des langages. La définition même d'un système informatique par Alan Turing (http://fr.wikipedia.org/wiki/Machine_de_Turing) et sa représentation naïve (http://en.wikipedia.org/wiki/File:Maquina.png) illustrent bien qu'un ordinateur n'est qu'un interpréteur et un producteur de symboles. En cela les langages sont trivialement centraux dans l'informatique en général et au sein de l'Internet en particulier.

 

Mais attention à la vision internaute-centrée. La plupart des "dialogues" qui ont lieu sur l'Internet aujourd'hui (1) n'ont aucun sens pour le commun des mortels (2) mettent en jeu une multitude d'interlocuteurs et pas uniquement un ou deux. La communication des DNS n'a de sens qu'avec une multitude de machines, les serveurs mails maîtres eux-mêmes font du transport pour des serveurs esclaves, une visio-conférence multi-utilisateurs met en jeu plusieurs machines et plusieurs individus.

 

Pour conclure factuellement et m'inscrire en faux partiellement par rapport à @LucideElectronique : oui les langages sont le fondement, non la langue n'est pas centrale sur l'Internet et on ne peut pas calquer des grilles d'analyses de sciences humaines sur l'enchevetrement de communications informatique que l'on nomme l'Internet.

La langue de Proust sert aux mondains à tirer un pouvoir issu de l'obscurcissement de la langue (ils sont maîtres et dictateurs). Le langage informatique sert à mettre en cohérence des sytèmes disparates (ils sont esclaves et se conforment au langage). Aucune lutte de pouvoir sous-jacente à mon sens et donc de bourgeoisie (@petitet)

Portrait de Anonyme

"les Labs sont des espaces conversationnels propices à la discussion et à l'exercice critique et c'est très bien"

Des espaces propices à la discussion ? Pas tant que leurs intervenants publieront des billets écrits dans un français incompréhensible pour l'internaute moyen, duquel vous vous démarquez fondamentalement par votre tendance à vous gargariser de mots...C'est peut-être ce qu'il y a de plus surprenant avec votre article : vous voyez le langage comme l'essence d'internet, mais vous usez vous-même d'un langage qui restreint drastiquement le spectre de vos potentiels lecteurs.

 

Comme je ne maîtrise pas comme vous un vocabulaire ou des concepts compliqués, une grande partie du sens de votre article a pu m'échapper, mais je vais tout de même tenter de réagir comme je peux à ce que je crois avoir compris, en tenant des raisonnements les plus simples possibles.

 

Votre propos est centré autour du langage, ce qui peut se comprendre puisqu'effectivement la partie la plus populaire d'internet, le web, est essentiellement constituée de phrases, de mots, de lettres.  Ce qui donne donc une importance capitale au langage. Question bête : ça sert à quoi déjà, le langage ? Personnellement j'aurais tendance à penser que ce n'est ni plus ni moins qu'un outil au service de la communication. L'internaute se sert d'un langage pour communiquer avec la communauté. Il ne cherche pas seulement à parler (ce en quoi il se distingue de vous, serais-je tenté d'ajouter), mais bien à communiquer, à échanger avec la communauté.

Le but est donc bien d'échanger, de partager des pensées, pas de débiter des mots. Et le langage n'est qu'un outil pour réaliser ce but, ce qui explique qu'il soit sans cesse déformé, détourné, adapté pour mieux communiquer.

Or communiquer, c'est bien l'acte de partager sa pensée, non ? C'est le partage la notion centrale qui régit le fonctionnement d'internet. Le bloggueur partage son quotidien, le "pirate" partage ses fichiers, les développeurs d'applications libres partagent leur travail. En connectant les gens, internet leur permet de partager et d'échanger entre eux. Et c'est pour ça que les lois comme Hadopi, Dadvsi, Loppsi, Acta ... vont à l'encontre du fonctionnement même d'internet.

 

Quant à cette prétendue hiérarchie, elle est simplement ridicule. Il n'y a pas d'internaute qui soit supérieur à un autre, tous ont accès au même internet (bien que même cela puisse être remis en cause dans un futur proche), tous peuvent prendre la parole aux même endroits, bénéficier de la même manière des échanges avec la communauté. 

Bien sûr, certains se distinguent des autres par une contribution particulièrement intéressante et abondante, mais je veux bien que l'on m'explique en quoi cela les placerait plus haut que les autres. "un combat pour l'accession sociale"... Vous vous imaginez quoi ? Que les bloggueurs rédigent fébrilement chaque billet en essayant d'estimer combien de visites il va bien pouvoir leur rapporter ?

Portrait de vincent.petitet

Bonjour Anonyme ( ?),


Votre commentaire commence par une attaque en me prêtant des intentions étranges, notant « ma tendance à me gargariser de mots » et vous rajoutez que je suis « incompréhensible » pour l’internaute moyen (merci pour lui).  Contrairement à mon billet, vous n’usez pas de questions ni de conditionnel, mais attaquez bille en tête sans aucun temps d’arrêt.  Cela rend votre propos caduque et curieusement agressif. Toutefois, il n’est pas inintéressant.


Je pense en effet qu’il est temps de donner à Internet ses lettres de noblesse en en faisant un objet de réflexion et d’étude à part entière, et en prenant enfin en compte les bouleversements qu’implique notre rapport aux nouvelles technologies. Ceci en usant de l’interdisciplinarité telle qu’elle est pratiquée dans les Labs Hadopi et en dépassant le découpage disciplinaire, trop souvent à l’œuvre dans les approches classiques. Cela nécessite de faire des phrases, de construire une réflexion différente d’un Tweet : des phrases ? Une réflexion ? Ceci peut vous sembler étrange et peu familier c’est néanmoins nécessaire.


Vous écrivez : « Le langage n’est ni plus ni moins un outil au service de la communication ». Anonyme, la communication opère par le langage, elle en est une incarnation. Sans langage, il n’y a pas de pensée, sans langage il n’y a pas de rapport au monde et encore moins d’humanité. La littérature n’est-elle comme vous le dites qu’outil ?


Vous écrivez : « Quant à cette prétendue hiérarchie, elle est tout simplement ridicule » : une fois de plus, vous adoptez un ton péremptoire. Relisez mon texte et notez que je pose une question, non que j’affirme un fait. Ce qui serait « ridicule » serait probablement de nier que les usages d’Internet sont hautement différenciateurs. Qu’il n’y a pas d’usage égalitaire du net – et c’est regrettable – et que les manières d’utiliser Internet sont disparates et créent des distinctions entre ceux qui sont des utilisateurs chevronnées et ceux qui n’ont pas ou peu accès au net. C’est d’autant plus remarquable qu’Internet est de plus en plus structurant dans les rapports sociaux et que l’on constate qu’une grande précarité sociale va de pair avec un accès au net inexistant. Question intéressant donc : l’inclusion sociale aujourd’hui passerait-elle aussi par l’utilisation d’Internet ou plus simplement par la possession d’un ordinateur personnel et d’une connexion Internet ?

Portrait de lolotux

@Anonyme :

Parfait ! Votre idée est claire, simple et limpide !

Vous résumez internet à :

- liberté (entrer ou non, aimer ou pas)

- égalité (personne au-dessus dessous) (fraternité ?)

- partage (échange sans gain autre que l'échange) (fraternité ?)

Nous partageons le même Internet !

Portrait de dwarf_power

J'avais évoqué le sujet sans être compris sur un tweet, et je vois qu'on va de plus en plus dans cette direction. Je vais donc essayer de dire un peu plus à quoi je faisais allusion.

 

Il est indiscutable que l'expérience d'internet est très différente, non seulement en focntion des centres d'intérêts, mais aussi en fonction de l'habitude des usages d'internet ( il n'y a donc pas de tranduction française convenable à proficiency ?). L'usage est clivant parce que certains usages demande une compétence que la plupart n'ont pas. L'usage peut être (et je te rejoins complètement Vincent) excluant pour celui qui fait partie de la minorité ne mairtisant pas ce qui est perçu aujourd'hui comme acquis par son groupe social.

Ce déséquilibre entre les acteurs est, je pense, inévitable, ne serait-ce que parce que nos centres d'intérêts propres vont faire que notre maitrise des outils qu'offre internet va être hétérogène, et même fortement d'une personne à l'autre. Cette différence ne sera pas génante dès lors qu'elle est issue d'un choix d'une part, et de l'autre qu'elle est réversible. Si la possibilité d'accéder à un usage n'est conditionnée que par l'investissement personnel auquel on consent, il n'y a pas d'exclusion.

L'exclusion va se créer dès lors que l'accès à certains pans d'internet et de ses usages va devenir impossible à des catégories de citoyens ( je n'ai pas de meilleur mot, même si il n'est pas parfaitement adapté), et ce en dépis de leurs efforts et mérites personnels. La barrière pourra être sociale, culturelle, morale. Elle pourra être aussi impalpable d'un plafond de verre, mais elle scindera la société entre les ayant et les n'ayant-pas, et dans ce cadre, Vincent, je peux te rejoindre sur la possible émergence d'une net-bourgeoisie. N'ayant pas la même appréhension du langage, tu penses que celui-ci y a un rôle important, alors que je ne le dirais pas. Néanmoins c'est une évolution possible des usages d'internet par la société, probable même au vu de l'évolution actuelle.

Doit-on essayer d'éviter cette scission, la société est-elle légitime à s'y employer, et par l'affirmative par quel moyen peut être promu ce que j'ai maladroitement appelé une neutralité des usage ?

 

ps: je suis un handicapé de la grammaire et un dyslexique du clavier, désolé pour les fautes grossières qu'il reste dans ce texte

Portrait de vincent.petitet

Cher Dawrf Power ou cher Nain Puissant (!),ce que tu nommes ici "neutralité des usages" signifierait donc une possibilité de pallier des inégalités liées à l'utilisation d'Internet et du numérique qui conduisent à ce que tu nommes une "exclusion" des individus ? Dans ce cas, il est en effet légitime de lutter contre la scission entre utilisateurs et non-utilisateurs du net (quand cette non utilisation est subie et non pas délibérément choisie.) Cela suppose d'une part de lutter contre l'acculturation technique liée par exemple à l'âge (ce qui est le cas de certains seniors) ou à toute autre variable catégorielle (le pouvoir d'achat et le coût d'un ordinateur personnel et d'une connexion Internet) et d'autre part de s'intéresser à des inégalités numériques, fruits d'inégalités sociales préexistantes. En effet, l'exclusion numérique ne naît pas ex-nihilo : elle est aussi le réflet d'un spectre d'inégalités sociales plus larges et alimente la fragilisation de groupes sociaux déjà précarisés du fait de leur faible revenu ou de leur accès au savoir limité (maîtrise de la langue...)

Portrait de dwarf_power

 

Exactement. Mais il y a un autre point qui est l'introduction exogène de points de rupture. L'encadrement de plus en plus important des usages, la pénalisation de comportements jugés déviants risque d'entrainer l'enkystement d'un monde underground auquel l'accès sera de plus en plus dur puis impossible à la plupart. Une sorte de monde cyberpunk...

 
Portrait de Anonyme

Curieusement agressif ? Je ne prétend pas que mon billet soit dépourvu de toute agressivité, mais quant à la raison de cette agressivité, je suis sûr que vous arriverez à la trouver, en réfléchissant un peu. Vous arrivez à ne pas vous en offenser, c'est tout à votre honneur.

Votre justification d'un langage (à mons sens) exagérément sophistiqué n'est pas satisfaisant. Les personnes qui maîtrisent un sujet sont tout à fait capable d'en expliquer les subtilités sans avoir forcément recours à un jargon plus ou moins pompeux. Ce point de vue est bien entendu hautement subjectif, mais je pense que beaucoup le partagent.

 

Je ne prive pas le langage de sa valeur, je dis simplement que sa seule fonction est de véhiculer une pensée, et qu'il n'est que la forme alors que la pensée est le fond.

 

Enfin, pour ce qui est des logiques d'exclusion, de la hiérarchie... je les considère comme inexistantes pour la simple raison que la nature d'internet fait que l'information est là, disponible, à la portée de quiconque fait l'effort de la chercher. Vous dites que les utilisateurs chevronnés ont un statut supérieur à celui de l'internaute lambda, mais l'opportunité d'acquérir toutes les connaissances qu'il peut souhaiter est offerte à chacun. Cette prétendue hiérarchie n'en est donc pas une. Et les cas de personnes n'ayant pas accès à internet sont anecdotiques.

Portrait de vincent.petitet

Cher Anonyme,


Un billet est d'abord un point de vue et ne prétend pas à une maîtrise exhaustive d'un sujet : c'est bien là le sens de mon propos.


Plusieurs travaux ont été menés aujourd'hui sur les usages d'Internet : dans tous les cas, il est patent que l'accès à Internet et l'usage qu'on en fait sont déterminés par des vraiables individuelles et sociales disparates. La recherche de l'information sur Internet est souvent une pratique très clivante, qui crée de fait une inégalité entre des usagers avancés et des usagers précarisés par leur manque de contrôle de l'information. Sally Wyatt dans un article de 2002 "Conceptualizing Use and Non-Use of the Internet" fait même une typologie des non-utilisateurs du net : rejecters, expelled, excluded et resisters, intégrant des variables d'infrastructure, d'accès...Voir notamment Granjon, Fabien (2011), "Fracture Numérique" in Communications n°88, Seuil, Paris et http://www.internetactu.net/2011/06/15/julie-denouel-et-fabien-granjon-les-usages-en-question/ On voit clairement que le non-accès à Internet est alors loin d'être anecdotique.