L’impasse du partage

Portrait de paul.mathias

Le partage naît de la rareté et du partage naît une forme de communauté. De quelque nature qu’elles soient, des ressources ne doivent être partagées qu’en raison de leur disponibilité limitée : l’eau, les ressources agricoles ou minières, toutes sortes de « richesses » impliquent, selon les circonstances, un partage. Qui lui-même implique une mesure et, avec elle, la mise en œuvre d’un principe de justice.

De longue date, celle-ci se décline en termes « arithmétiques » ou « géométriques ». Reprise par la très grande majorité des théories classiques de la justice, celle de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote distingue une forme d’égalité stricte, dans la distribution des ressources – deux frères reçoivent une part égale d’héritage – d’une forme proportionnelle et relative à un contexte déterminé, parfois lié à l’estimation d’un « mérite » singulier : l’athlète est récompensé à proportion de ses performances sportives et non du seul fait de sa participation à la compétition. En outre, dans l’estimation des conditions du partage, quand les critères objectifs viennent à se troubler ou à manquer, il faut en juger en personne et au singulier, c’est-à-dire dans des termes qui ne sont plus seulement ceux de l’égalité, mais ceux de l’équité – où, de façon toute problématique, l’approche subjective du juge se hisse à la hauteur de la mesure objective de la règle, c’est-à-dire du jugement qui fait loi.

Ainsi, en tout état de cause, partager consiste rarement à effectuer une simple division arithmétique ; mais toujours à mettre de la mesure dans les choses et parmi les hommes. C’est pourquoi le partage crée aussi la communauté : « rompre le pain », ce n’est pas seulement partager la nourriture, c’est également ouvrir à la parole et à l’amitié. Le rituel du repas et son atmosphère symbolique sont ici l’essentiel[1], non le fait de se nourrir auprès et avec d’autres. Ce sont alors des représentations qu’on partage, des idées, du plaisir et de la paix. Voire, quand le repas est l’occasion d’altercations, ce sont encore des conceptions et des désirs qu’on partage en se les opposant.

Mais les partage-t-on, en vérité ? Et la métaphore du partage est-elle ici autre chose qu’un faux ami ou, au mieux, une approximation sémantique ?

Commerce de choses, commerce d’idées

De fait, partage-t-on des idées comme on partage des biens, et les biens culturels comme on partage des ressources vitales ? Une fois réparties, celles-ci sont réduites à proportion du nombre des bénéficiaires qu’elles concernent : quelque règle qu’on applique pour la distribution de terres arables, chaque agriculteur recevra seulement la part qui lui revient, qui réduit d’autant celles qui restent disponibles ou qui reviennent à d’autres. Partager, c’est ainsi de toute évidence priver autrui – de l’usage de la totalité. Il ne faut prendre que sa part et abandonner ce qui doit revenir à d’autres et sur quoi l’on n’a aucun droit.

Est-il dès lors pertinent de dire de deux convives qu’ils partagent le plaisir d’être ensemble ? Métaphoriquement, c’est l’usage ; mais si la notion de « partage » est conçue en toute propriété, leur plaisir n’est nullement partagé, mais, fondamentalement solitaire, il est tout juste coïncident ou congruent. Le plaisir du repas, celui d’être ensemble, le plaisir du partage lui-même, chaque convive ayant sa part en propre, ce n’est pas un plaisir partagé, c’est un plaisir conjoint, semblable, approchant, mais irrémédiablement singulier et expressif du point de vue qui s’incarne en chacun. Le plaisir que nous partageons en ces termes n’est privatif de rien ni pour personne ; mais ce n’est pas un plaisir partagé, sinon par approximation, mais un plaisir réverbéré dans celui, tout singulier, d’autrui.

Les idées que nous partageons, quant à elles, ne le sont pas dans la solitude, quoique la compréhension que nous en avons, intérieurement, soit affaire purement intime. Autour des idées, il y a toujours une manière de rencontre et il n’est pas juste de ne parler que de conjonction – des représentations, des avis, des opinions – il faut postuler une manière d’identité, pour autant du moins que nous nous représentions ou que nous pensions de mêmes idées. « Deux fois deux font quatre » et « la vie d’un homme présente assurément une valeur incomparable à celle d’un cheval » ; l’affaire est entendue, si nous comprenons proprement les choses, c’est-à-dire si nous comprenons ce qu’elles signifient par elles-mêmes, non ce que nous aimerions leur faire dire. Dans l’universel – quoi qu’on entende par là – la rencontre des esprits les rend uns et, dans cette unité, l’identité prime et surclasse le partage. Ou plutôt, l’identité annule le partage : chacun de nous ne prend pas une quelconque part du vrai, il le connaît ou ne le connaît pas, au même titre que tout autre et de manière parfaitement identique à lui.

Solitude et congruence, donc, dans le plaisir ; identité virtuellement parfaite dans la compréhension, mais nul partage en ces communs.

Le commerce de la culture

Les biens culturels ne sont cependant ni comme le vin des convives, ni comme les concepts du géomètre ou du moraliste. Non seulement il n’est pas question de ressources que leur distribution diminuerait, mais il n’est pas non plus question d’idées que leur réplication tantôt maintiendrait égales à elles-mêmes, tantôt enrichirait de leur répétition et des modifications qui en résulteraient, à la manière dont le travail d’un concept réputé connu permet d’en modifier les propriétés et de résoudre des difficultés nouvelles ou jugées insurmontables. Autrement dit, les biens culturels ne sont ni déterminés par le schème de la rareté, puisque ce ne sont pas des choses et qu’ils sont désormais indéfiniment réplicables – reproductibles et diffusables sur les réseaux à un coût quasiment nul – ; ni réductibles aux idées dont ils forment l’expression disponible à d’infinis usages – le plus généralement esthétiques sous forme de sons, d’images ou de textes – puisqu’ils constituent des biens échangeables et qu’ils participent à un circuit de transactions économiques.

Autrement dit, les biens culturels contemporains, réductibles à des chaînes informationnelles déterminées, ne sont ni des choses dont nous pourrions disposer en propre, ni des idées dont la diffusion n’altèrerait pas la nature intellectuelle. C’est pourquoi « propriété intellectuelle » a quelque chose d’un oxymore, car l’expression rassemble une détermination de chose, la « propriété », et une détermination d’idée, sa dimension « intellectuelle ». Il s’agit donc d’objets hybrides et qui induisent une compréhension et des difficultés elles-mêmes hybrides et lourdes d’équivocités variées.

Faut-il faire l’hypothèse que la seule notion de « bien culturel » est une contradiction dans les termes ? Assurément, en un sens, mais peu importe, en réalité. La question est plutôt : quel régime de parole et, corrélativement, quel régime juridique faut-il appliquer à ce qui, certes, fait contradiction, mais qui n’en est pas moins réel et qui recouvre des aspirations multiples, des revendications compréhensibles, des exigences probablement légitimes ?

On ne peut en effet ignorer qu’il y a quelque raison de dire que la transparente réplicabilité d’un bien, qui n’en affecte ni n’en altère la nature, qui n’en diminue pas la disponibilité, n’y porte nullement atteinte et ne prive personne d’en jouir au même titre que n’importe quel autre ; mais il y a autant de raison à rapporter ce bien aux investissements qui l’ont rendu disponible, économiques ou humains, et que ceux-ci impliquent une manière de reconnaissance privative. Contradictoire dans ses termes, la notion de « propriété intellectuelle » n’en est pas pour autant illégitime, elle est bien plutôt contradictoirement fondée, à la fois sur le sol des choses et de leur relative rareté, et sur celui des représentations et des conceptions, indéfiniment accessibles.

Disputes de mots ?

On peut s’autoriser à sortir de telles contradictions par la force : un modèle économique prévalent ou un consortium d’entreprises, un regroupement consolidé d’associations professionnelles et une puissance publique convaincue font parfaitement l’affaire, car il est toujours possible de construire un discours édulcoré de la force et de transformer celle-ci en une forme ou une autre de droit. Des mœurs institutionnelles policées impliquent cependant d’autres méthodes que la dissolution violente et unilatérale des contradictions. Et, parmi elles, une analyse sémantique des soubassements de la contradiction.

Deux points méritent ici qu’on s’y arrête :

1/ Le slogan « Share the wealth ! » des nerds et des geeks présente une rhétorique commune avec celle des adversaires « propriétaristes » auxquels il est adressé, parce qu’il nomme en termes de « richesses » et de « choses » ce qui existe sous forme de fonctions algorithmiques et par conséquent de nombres. Un texte, une chanson, une image, un logiciel même sont-ils à proprement parler des « richesses » – wealth ? Ce ne sont en tout état de cause pas des choses, ce sont plutôt des flux qui ne se partagent pas et que d’incessantes requêtes entretiennent en leur donnant un semblant d’ubiquité. La mise en commun d’un fichier ou d’un répertoire n’est pas son partage, même si l’expression est consacrée ; c’est sa mise à disposition, son accessibilité et donc, virtuellement, sa réplication – comme lorsque plusieurs ordinateurs ont accès à un « même » répertoire reproduit aussi bien localement qu’en ligne[2]. Du même coup, ceux qui parlent de protéger les biens culturels et d’en contrôler l’accès, notamment économiquement, n’ont pas un vocabulaire bien distinct de celui qui prévaut parmi les partisans du partage, les uns et les autres oubliant qu’on n’a pas affaire à des « choses », ici, mais à de simples transferts numériques.

2/ Libertarienne ou propriétariste, ces rhétoriques se révèlent donc matérialistes, mais elles ont également le mérite de nous éclairer sur ce dont il retourne dans la dispute des biens dits « culturels ». Car, dans la question du partage numérique, il n’est pas exactement question des biens culturels en eux-mêmes, qui ne présentent évidemment pas les caractères des choses et de leur rareté, mais des bénéfices attendus, notamment financiers et commerciaux – mais aussi symboliques, dans les mondes de l’art ou de la recherche. De quelque nature qu’elles soient, les contraintes réglementaires visant le partage des biens culturels ne tiennent pas à ceci qu’ils sont « culturels », mais plutôt à ce que les ressources et les bénéfices qu’ils représentent sont eux-mêmes rares. Nul ne défend « l’art pour l’art », nul, même, ne défend l’art et son avenir, mais ce sont les conditions économiques de sa production qui prévalent et se sont elles qui sont identifiées comme au fondement de sa réalité. De manière libre ou contrainte, la production des biens culturels s’inscrit dans une logique de choses et prévaut comme fabrique, industrie, maîtrise d’ouvrage, nullement comme déploiement d’une quelconque culture. Et ainsi, à l’âge de la numérisation de la monnaie, ce sont à leur tour les nombres, les 0 et les 1 qui, dans leurs enchaînements, sont monétarisés et raréfiés.

Un nouveau langage

Si les idéaux libertariens et ceux du propriétarisme se rencontrent tout en s’opposant, c’est qu’ils sont les uns et les autres inscrits dans des logiques de choses. Il n’est évidemment pas aisé de changer une telle logique, elle-même inscrite dans une organisation de la vie économique et sociale presque inexorable. Mais il reste possible d’user d’autres mots pour désigner cette réalité des processus et des pratiques numériques, d’autres manières de se les représenter et, par conséquent, à terme, d’en juger et de les organiser.

Les transferts de fichiers ne se résument pas à l’alternative de la rétention propriétaire ou du libre partage. « Mettre à disposition », c’est concrètement exposer des contenus, les exhiber de manière à en susciter éventuellement la réplique. Ce qui, tout simplement, s’appelle « montrer ». Du coup, il peut paraître étonnant de vouloir régler la question de savoir ce qu’il est permis ou non de montrer, à moins de vouloir assimiler les transferts informatiques à des pratiques liées aux bonnes ou aux mauvaises mœurs. Le privilège des fichiers numériques, c’est tout simplement que de leur exhibition résulte naturellement et sans coût leur copie et leur transfert : ce qu’on montre ne se tient pas là où on le montre, mais va d’emblée là d’où on l’observe !

Faudrait-il en conclure qu’il convient, dans les affaires numériques, de substituer une rhétorique du don, corrélative d’une pure pratique de la « monstration » – car l’essentiel est qu’on donne à voir les contenus de ses supports numériques – à une rhétorique de l’échange et du partage, contrainte par une logique de commerce et de choses ? C’est oublier qu’il n’y a pas de don gratuit et que ce serait probablement substituer un mode de nos échanges à un autre. Mais on peut espérer qu’à l’impasse du partage et des discours afférents, on envisage une préférence pour une rhétorique de l’ouverture, sans doute plus libérale et plus aisément négociable que la rhétorique économique et juridique du partage et de ses modes de régulation. Façon de dire qu’il n’est pas absurde de favoriser un régime de la parole et de l’action où s’entretient un peu de désordre, à une logique du discours où se fait jour le respect strict et exclusif de la règle de droit. Et qu’à l’impasse du partage, on pourrait préférer la voie des flux et des reflux, dont la juste compréhension n’est jamais fondamentalement étrangère à une reconnaissance symétrique de ce qui est don et de ce qui est dû.

[1] Par manière d’antiphrase, il faut se rappeler la façon piquante dont Luis Buñuel traite la chose dans Le Fantôme de la liberté.

[2] Voir les services comme Dropbox, Zumodrive, Googles docs, etc.

Crédit photo : Nick White/MASTERFILE

Commentaires

Portrait de dwarf_power

 

Il me semble que manque dans cette analyse une notion qui m'y semble primordiale : celle de privauté.

Selon que la monstration est privée ou publique elle va relever de l'intimité ou de l'exhibition .

Portrait de vincent.petitet

Le propre des réseaux est peut-être justement de faire de l'intimité un formidable vecteur d'exhibition. La frontière est mince entre l'intime et son exhibition : la circulation des images et des vidéos privées permet aussi de rendre l'intime plus poreux et de faire de la privauté du "virtuellment public." Le partage de la vie privée n'est-il pas inscrit dans le devenir des réseaux ?

Portrait de dwarf_power

Je n'avais pas en tête l'échange des privautés mais la privauté des échanges;

 

La remarque est toutefois très pertinente. Elle a même un aspect psychologique avec l'abolition des barrières psychologique de protection qu'on trouve dans les échange physiques et qui s'attenuent ou disparaissent dans les échanges virtuels.

Portrait de Anonyme

Ce texte est bien long et bien abscons pour un apport finalement réductible à une simple question sémantique.

"Partage" peut tout simplement vouloir dire posséder quelque chose en commun avec quelqu'un (moments priviligiés, connaissances, logiciels, mp3...) OU répartir un bien rare (gâteau, diamant (bien plus pertinent que l'eau à mon sens pour caractériser la rarété, mais c'est vieux débat économique ;), monnaie fiduciaire...)

Le partage des biens numériques n'interroge pas la définition première définition de "partage" mais la seconde et donc évidemment la logique du don/contredon.
C'est le principe même du P2P dont tous les "pirates" ont l'expérience (et manifestement pas l'auteur de l'article) : je leech, je seed / je donne, je rends.

Et c'est tout. Ca ne permet pas d'avancer sur la thématique du financement de la création, pas la peine d'en faire des pages et des pages.

Portrait de dwarf_power

Le billet va bien plus loin que cela, même si c'est beaucoup par esquisse et invitation à penser plus avant le sujet.

Le billet note dans un premier temps que la notion de partage, en ce qu'elle porte un renoncement volontaire, fait société. A l'opposé, le "partage" de biens non rivaux ne  porte pas ce moment de lien social. Au contraire, l'utilisation du terme de partage, et de son bagage sémantique, fausse le débat, en le déportant là ou il n'est pas, de la part des deux parties qui s'opposent, ayant droits et partisans du "partage libre".

 

La question sous jacente, et plus terre à terre et concerne un équilibre entre jouissance d'une "œuvre" et retour sur investissement économique. La notion de propriété intellectuelle semble sortir, pour l'auteur, du cadre de la notion de droit naturel de propriété, pour rentrer dans celui de la convention social qui établi un équilibre enter intérêt de la chaine de production - dont l'auteur- et intérêt public, entendu dans son acception individuelle.

 

Je pense que l'on peut adresser deux objections à l'auteur.

Il prend un parti courageux, celui de dire que la création immatérielle n'est ni artistique ni philosophique, mais juste matériellement de divertissement. Les raccourcis pris pourraient laisser à croire que M Mathias n'accorde aucune valeur à la création de ce jour. Je pense qu'il considère juste que vu les masses en jeux, la part artistique ou philosophique, celle qui fait que la société gagne à son partage, est tellement diluée qu'elle en devient négligeable dans l'approche du problème.

Le second point, que j'ai abordé en note rapide, est qu'il n'aborde qu'un niveau de mise à disposition. Il ne prend pas en compte le partage dans un cercle privé. Ce cercle là est naturellement hors de la sphère marchande, hors du monopole de l'ayant droit, hors du marché à prendre en compte dans l'évaluation des bénéfices. L'ami IRL n'est pas l'ami virtuel et encore moins l'inconnu électronique fruit d'aucune rencontre. Hors Paul Mathias mets tous les échanges au même niveau, ou plus exactement il nie la notion d'échange, pour ne retenir que la mise à disposition, l'exhibition. Dans son optique il n'y a pas de réciprocité véritable, juste un échange de "bons procédés", ou de perversion...

 

Portrait de Anonyme

La notion de "partage" a le bagage sémantique que tu veux bien lui donner.
Pour moi, dans le cadre des biens numériques, elle ne signifie rien d'autre que "avoir quelque chose en commun avec quelqu'un".

Encore une fois, la logique du don/contre-don propre au P2P fait société.
Je ne peux pas prendre plus que ce que je recois. J'ai un ratio qui m'en empêche, qui me bride. Je peux certes le contourner : mais alors je triche, je rompt le contrat.
Oui, ces notions s'effacent avec la montée en débit.
Mais elles restent valables.

De plus, la simple proposition de la libre "circulation" de l'information est un projet sociétal fort.

Pour le reste je n'arrive pas à voir où les "idées" débouchent et, étant plein d'arrogance, j'ai tendance à penser que je ne suis pas trop idiot, donc que les idées ne sont pas énoncées clairement ou alors qu'elles ne sont simplement pas claires.

Portrait de dwarf_power

avoir quelque chose en commun avec quelqu'un

Paul mathias rejette cette idée et je le rejoint là dessus. Il n'y a pas partage dans le sens où un bien devient soit commun et matière d'achange, soitfait l'object d'un accord d'abandon, au contraire, il y a une possession d'un élément identique mais jamais commun. Dans ce sens le P2P ne fait pas société.(1)

Sur les ratios d'échange, ils sont ridicules, mais peu importe. Il ne s'agit pas df'échange entre personne mais de participation au swarm, à une entité virtuelle et impesonnelle. Toutes les focntions d'échange et de partage qui étaient présente aux dbuts du P2P ont été réduites à leur plus strictes expression pour des raison de protection des personnes partageant.

Enfin un idée n'a pas forcément à déboucher sur du concrêt. Il s'agit du constat qu'un débat est sur des bases qui ne peuvent permettre d'arriver à un compromis car engagé sur des positions faussées. Il y a une ouverture de réflexion, celle ci engendrera, ou pas, chez ceux qui la menne des évolution de compréhension,c 'est tout le but.

1: Je vais sur TPB, je charge le lien dans mon client BT, j'ai le fichier, je ne sais pas qui m'a donné quoi.

Portrait de vincent.petitet

Je ne crois pas PM rejette l'idée du partage mais il lui donne en fait le sens d'accessibilité. N'est-ce pas "cet age de l'accès"  dont Rifkin parle depuis l'avènement de la Nouvelle Economie dans les années 2000 ? La question se pose alors non pas seulement d'une égale distribution des biens culturels mais plutôt d'une égalité d'accès à ces biens.

Portrait de dwarf_power

Un point important me semble t il de l analyse de PM réside dans l absence de partage, en ce sens d instant commun. Pour lui il y a coïncidence d accès à l œuvre et non partage de l œuvre. Les différents pairs peuvent jouir simultanément de son accès, mais n en partageront pas l expérience.

Si cette communauté d expérience se crée, elle le fera par ailleurs, indépendamment de la fonction de "partage".

Je peux rejoindre cette analyse si on accepte qu il y a effectivement un partage dans le p2p. Il ne s agit pas d u partage des œuvres, mais d un partage de la culture de mise à disposition. Le partage des œuvre ne crée pas de communauté de pensée, le libertariannisme qui y conduit le peut.

Portrait de Anonyme

On en revient au tout début de ce qui est ébauché dans l'article : question de sémantique.

L'important n'est pas de "savoir" qui a donné quoi, l'important est de "donner" et de "recevoir", dans le cadre d'un contrat même implicite. La personnification de l'échange n'est pas un contre-argument valable pour réfuter le fait que l'échange fait société.

Tu sais à qui profite les impôts que tu paies, ou de qui proviennent les cotisations que tu reçois?

Pour ce qui est des idées, et puisque la tendance semble être au name dropping, Boileau a dit "ce qui se concoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément".

Portrait de paul.mathias

Merci de cette lecture attentive.

Une simple remarque : je n'ai pas évoqué le "cercle privé" dans mon papier pour cette simple raison qu'il ne fait, à mes yeux, aucunement problème. L'ouverture (à la famille et aux proches) des ressources et leur dissémination me paraissent non pas seulement possibles, mais essentielles et naturelles, c'est-à-dire incluses dans le fait même qu'on dispose de ces ressources.

Mais ce n'est pas non pus une affaire de "réciprocité", qui implique une mesure et une règle. Plutôt de gratuité et, sans doute plus exactement et plus légitimement : de grâce.

Portrait de Anonyme

Erratum : Lire "rareté" et "n'interroge pas la seconde [...] mais la première"
Mais vous aurez corrigé :)

Portrait de Anonyme

Et aussi "je donne, je Prends" :D

Enfin vous avez saisi l'idée...

Portrait de paul.mathias

Quand "je prends", je ne prends rien, puisque ce que je prends reste où je le prends ; et quand je "donne", je ne donne rien non plus, puisque ce que je donne reste auprès de moi.

Drôle de don, drôle de prise ! Ce sont les Sabines qui auraient été contentes ! Et les Romains tout autant !

Portrait de Anonyme

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Le texte contient une affirmation sujette à discussion :
“ Les biens culturels [...] sont désormais indéfiniment réplicables ”

Aussi alléchant que soit le raccourci une œuvre au sens du code de la propriété intellectuelle n'est pas assimilable à son échantillonnage – que l'on peut appeler morceau numérique ou MP3.

 

Le discobole de Myron est une œuvre connue. Les autres statues de discoboles – légion dans l’antiquité et très légèrement différentes - ne sont pas une copie de l’œuvre et ne sont pas l’œuvre De même une photographie du discobole de Myron par un touriste n'est pas considérée comme une copie de l’œuvre Un scan tri-dimensionnel donnant les plans de la statue ne serait pas la statue elle-même car la roche différerait

Le bien culturel “discobole de Myron” n'est pas indéfiniment réplicable. La notion d’œuvre va même plus loin puisque si la statue venait à être brisée ou perdue, elle perdurerait en tant qu’œuvre L'original n'existerait plus mais le droit moral continue à reconnaître l'existence de l’œuvre Un ouvrage récent recense de telles œuvres : Le Musée Invisible, Nathaniel Herzberg.

 

Pour recentrer sur les œuvres de l'esprit phonographiques – art l112-2 du code - les ingénieurs du son le savent, une excellente prise de son est ce qui permet de considérer que l’œuvre représentée sous leurs yeux et oreilles est bien figée sur un support. Les puristes semblent d'ailleurs privilégier l'analogique au travers du vinyle pour un cadre domestique aux formats numériques, souvent dégradés.

L’œuvre phonographique reste une et indivisible qu'elle soit « enregistrée en live », « version album » ou « version studio acoustique ». Sa propriété et sa paternité ne sont pas séparées pour autant.

 

Il est essentiel pour la réflexion de s’appesantir sur le fait que le nombre entier que l'on nomme fichier n'est pas l’œuvre Le jour ou les artistes choisiront de vendre le format de production plutôt que le format dégradé de distribution – cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Format_de_fichier_audio#Utilisation_des_formats, alors chaque échantillonnage vendu de l’œuvre sera (1) énorme en terme de poids numérique – imaginons des terra-octets – et de facto non copiable par les média de communication (l'internet) traditionnel (2) toujours distribuable car son poids physique reste livrable par la poste (3) satisfaisant pour toutes les parties, notamment l'auditeur.

Enfin et pour marteler cette vérité : Le but unique d'une œuvre phonographique est d’être écoutée Le but unique du créateur est d’être entendu.

 

PS: De facto l’œuvre est partageable et sa représentation est infiniment copiable. Et bien qu'intellectuelle, la propriété n'est pas numérique.

 

 

 

Portrait de paul.mathias

Je voudrais commenter le premier paragraphe, principalement, de cette objection, et notamment la proposition : "une œuvre au sens du code de la propriété intellectuelle n'est pas assimilable à son échantillonnage".

Toute oeuvre, en effet, n'est pas assimilable à son échantillonnage (la photographie numérique du Discobole de Myron n'est en effet pas le discobole de Myron), mais il existe des oeuvres qui ne sont que leur échantillonnage, à savoir les "musiques électriques" que, précisément, leur échantillonnage définirait (voir à ce sujet Roger POUIVET, "L'Ontologie du rock", in Rue Descartes, n°60, 2/2008).

La question de la propriété intellectuelle se pose donc différemment dans ce dernier cas, l'oeuvre n'étant pas seulement le produit, mais également le processus, lui-même disponible (au hacking par exemple), ainsi que les outils numériques intégrés au processus (les algorithmes dont fait usage le musicien et qui opèrent au moment du défilement de l'oeuvre).

Autrement dit, l'oeuvre numérique (et non pas l'oeuvre numérisée) constitue un ensemble extrêmement complexe de déterminations qui interdisent d'y appliquer/plaquer le schéma traditionnel de l'auctorialité (et de sa rétribution au sens des "droits d'auteur").

Portrait de Anonyme

L'impasse, c'est de vouloir creer une rareté artificielle sur des biens virtuels qui par essence peuvent se multiplier à l'infini. Le "piratage", contrairement au "vol de baguette" auquel il est souvent comparé par les politiques et ayant-droits, ne supprime pas l'objet du déli à son possesseur initial.

On peut dire que la multiplication a un effet sur la valeur marchande puisque l'abondance réduit les prix. Mais d'un autre coté, a trop vouloir faire de la musique, le cinéma, l'art en général une simple marchandise, il ne faut pas s'etonner que la valeur qui leur est accordé diminue.

Portrait de vincent.petitet

Bonjour,


Je crois que ce n'est pas la musique ou le cinéma qui sont des marchandises mais la facilité de leur diffusion et donc leur popularisation qui les apparenteraient à des marchandises. Vous soulevez la question de la massification de la culture et de sa démocratisation : si la diffusion sur Internet accompagne ce mouvement elle n'en n'est pas à l'origine. A ce titre la technologie est neutre à moins que l'on estime qu'elle impose un format indépassable aux biens culturels traditionnels comme le livre par exemple. C'est l'une des questions de notre ouvrage (téléchargeable sur le site) "L'auteur au temps du numérique."

Portrait de Anonyme

Je rejoins  le point de vue de Anonymous sur l'impasse dans laquelle est venue se fourrer l'industrie du divertissement.

En voulant une diffusion de masse des "biens culturels" (terme quelque peu erroné puisqu'il ne concerne actuellement que 3 secteurs - par ordre d'importance - la musique, le  film et le livre, et laisse de côté la peinture, la danse, la sculpture, le théâtre), elle a accompagné et favorisé la diffusion des moyens techniques de diffusion de ces "biens culturels" (souvenez-vous de toutes les publicités au début d'internet vantant les possibilités de téléchargement, de partage entre amis, pour apater le chaland), mais ces moyens techniques sont allés au-delà des espérances, et des prévisions des gestionnaires des biens culturels.

Certes, le phénomène de diffusion ne date pas d'internet ; la prise en compte par exemple de la musique rock dans les années 60 a été tardive mais les moyens d'écoute et de diffusion se répandant dans nos sociétés occidentales ont permis l'essor d'un secteur économique qui tenait toute la chaîne de création, permettant à des entreprises de prospérer. Nous étions toujours dans une situation de rareté compte tenu du fait que tous les produits nécessitaient encore un support physique, un système de distribution, de publicité s'appuyant sur des acteurs locaux.

Maintenant ? plus rien de tout ça, et tous les arguties (verbiages ?)  sur la notion de partage que l'auteur de l'article tente d'introduire dans cette discussion ne peuvent masquer 2 réalités :

1- toutes ces industries de diffusion/rétention des marchandises musicales n'ont plus aucun intérêt économique.

2- vouloir ne pas diffuser à grande échelle un produit que l'on considère comme une oeuvre, bref, vouloir établir une rareté sur une oeuvre, ne doit pas amener les législateurs à mettre en place des mesures de contrôle qui n'ont d'intérêt que pour une un secteur moribond au détriment de l'ensemble de la population ( à moins que d'autres objectifs non avoués se cachent derrière cette volonté d'assurer une juste rétribution aux artistes pour leur sueur.)

Bref, à la lecture de l'article je suis tenté de faire mienne moi aussi la maxime : "ce qui se concoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément", et là, je me demande bien où l'auteur veut en venir.