Le savant brade-t-il la politique ? Par les experts des Labs Hadopi.

Portrait de vincent.petitet

Un article récent de PC Inpact intitulé « Partage : un sociologue dénonce la confusion des genres de la Hadopi » met une fois de plus en cause la Hadopi et le travail des Labs, qualifiant l’ensemble du travail des 60 agents qui y travaillent de « mascarade. » Cette position quelque peu simpliste est nourrie des propos d’un sociologue inspiré, sûr de sa légitimité qui, dans un sursaut matinal, a décidé que l’Hadopi circonvenait gravement à l’épistémologie wébérienne qui distingue le savant et le politique. Rien que ça. Flattés par tant de considération, les Labs souhaitent apporter quelques éclaircissements.

Les Labs sont composés d’experts indépendants ; ils bénéficient d’un espace de discussion, appelé espace collaboratif, sous la forme d’une plateforme où sont postés des billets qui suscitent des commentaires, parfois très incisifs. Cette dynamique de débat ouvert n’a rien de figé : les propos échangés ne reflètent en rien une position officielle de la Hadopi mais bien l’état de l’art des discussions agitant l’écosystème numérique. Bien souvent, ces discussions sont relayées sur le compte Twitter des Labs qui compte 642 abonnés. A ce jour, 77 billets ont été publiés sur la plateforme. La plateforme est modérée et quelques commentaires ne sont effectivement pas validés par la Community Manager : nous pensons, au sein des Labs, que les injures et les attaques personnelles ne sont pas constructives. Néanmoins, l’immense majorité des commentaires sont publiés et prouvent la liberté de ton des contributeurs mais aussi des experts issus d’horizons divers : sociologue, économiste, juriste, philosophe, geek, ingénieur.

Sur le fond, l’article nous reproche de collaborer à une mission policière et d’être une officine répressive d’où naissent des productions scientifiques, dont le but implicite est de faire de la menotte et du verrou une politique de régulation de l’Internet. Outre que c’est mettre en cause l’autonomie des experts des Labs, c’est bien mal connaître le fonctionnement de l’institution. C’est surtout ignorer qu’au sein d’une entité publique puissent coexister une dynamique politique et une approche critique de son action – lecture bien pauvre en somme des institutions et de leur horizon de sens. Effectivement, les experts des Labs conçoivent eux-mêmes leur action, non seulement comme une production de connaissances, mais aussi comme un exercice critique. Féconde, cette critique leur permet de discuter les positions de la Hadopi et d’alimenter l’évolution des missions de l’institution sans nécessairement y adhérer. En outre, les Labs fonctionnent en open source : la mise à disposition de l’ensemble des travaux est la règle et la transparence des discussions ne fait aucun doute que ce soit au sein des Workshops ou des Barcamps. Certains veulent croire en une science orgueilleuse drapée dans un élitisme de bon aloi qui l’empêche d’influer sur la prise de décision : ce n’est pas le cas des Labs. D’autres convoquent et instrumentalisent des auteurs classiques pour justifier un désengagement de la vie publique : ce n’est pas le cas des Labs. Penser aujourd'hui que la science ne fait pas de politique est d'une naïveté incompréhensible et confondante (car cela ignore la sociologie STS – des Sciences, techniques et sociétés -  largement citée et reconnue à l'échelle internationale.) Passer du politique au policier, comme le fait notre contradicteur, comme si ces catégories étaient équivalentes, réduit l’exercice de la décision à une oppression systématique, faisant une croix sur la nécessaire réflexion que requiert le vivre ensemble qui anime la Cité. Ne pas lire l'ensemble des missions de la Hadopi témoigne d’un travail approximatif fondé sur une approche intellectuelle simpliste et discutable. A cet égard, réduire le billet de P. Mathias à son titre provocateur : « L’impasse du partage » relève d’une approximation démontrant que le billet n’a pas été compris : celui-ci milite en effet pour une « rhétorique de l’ouverture », non pour une police des échanges numériques. Rappelons du reste que P. Mathias est l’auteur d’un ouvrage « Des libertés numériques », qui porte une réflexion sur la signification de la liberté au temps de l’Internet. Mais cela, nos contradicteurs ne le mentionnent pas. Peut-être serait-il temps pour ces augustes savants, de sortir de leur caverne et de venir se frotter aux écosystèmes numériques et à la vivacité sans concession des internautes qui les habitent.

Crédit photo : Mario Castello/MASTERFILE

Commentaires

Portrait de M.

Mais quelle indépendance des "experts" quand les animateurs des Labs sont choisis et rémunérés par l'institution ?

 

Quelle transparence quand l'autorité ne publie pas régulièrement ses décisions, cultive l'opacité et refuse d'appliquer les décisions de la Commission d'Acès aux documents administratifs (Cf. les mésaventures de PC INpact) ?

 

Quelle légitimité quand la haute administration de l'autorité est constituée aux deux tiers d'anciens sympatisants UMP ?

 

Sans même parler du bien fondé ou de l'efficacité de la riposte graduée, l'institution elle même et son fonctionnement devraient être radicalement remis en cause : mais les "experts" des labs ne vont évidemment pas mordre la main qui les nourrit...

 

C'est tout à l'honneur de ce chercheur de refuser d'être instrumentalisé par cette institution, espérons que cela fera réfléchir certains participants aux labs à leur propre responsabilité dans cette entreprise policière. Pour M. Petitet, c'est visiblement difficile à comprendre... La "tour d'ivoire", n'est-ce pas plutôt celle de la forteresse-hadopi et de ses labs qui fonctionnent depuis le début en vase clos?

Portrait de Tris

Bonjour,

les experts auraient dû être choisis comment à ce moment-là ?

Les décisions de l'instituion sont publiées régulièrement ... sur hadopi.fr, c'est comme le reste, il suffit juste d'aller lire.

Quant au chercheur, il est libre de faire ce qu'il veut mais j'avoue - à titre personnel - que la démarche de publication d'une diatribe expliquant le pourquoi du comment, m'intrigue et soulève chez moi une pensée beaucoup trop mesquine pour la formuler ouvertement :)

Si on était une tour d'ivoire, il n'y aurait même pas de Labs, pas de plateforme, pas de forums, pas de rencontres publiques, de Bracamps et de workshop, etc.

Comme dit à Pierre Mecklé, nous sommes ouverts à la discussion, venez mais ne nous reprochez pas d'être fermés si quand on fait un pas vers vous, vous nous tournez le dos :)

Portrait de M.

Bonjour,

 

>Les décisions de l'instituion sont publiées régulièrement ... sur hadopi.fr, c'est comme le reste, il suffit juste d'aller lire.

 

C'est un peu gonflé! La hadopi n'a commencé à publier ses décisions que près d'un an après sa création, contrainte et forcée par la publication par PCINpact de la décision concernant la rémunération de son secrétaire général... décision obtenue péniblement après une saisine de la CADA ! En matière d'opacité, c'est déjà un début un peu aterrant!

 

Le dernier relevé de conclusions du Collège date du 2 novembre 2011... 2011, quelle transparence!

 

> Quant au chercheur, il est libre de faire ce qu'il veut mais j'avoue - à titre personnel - que la démarche de publication d'une diatribe expliquant le pourquoi du comment, m'intrigue et soulève chez moi une pensée beaucoup trop mesquine pour la formuler ouvertement :)

 

C'est quand même très mal connaître les méthodes de travail en sciences sociales que de s'étonner qu'un chercheur s'interroge publiquement sur les conditions même de son travail...  C'est vraiment très courant, ça relève moins de la vantardise ou de motifs inavouables que de l'honnêteté intellectuelle.

 

>Si on était une tour d'ivoire, il n'y aurait même pas de Labs, pas de plateforme, pas de forums, pas de rencontres publiques, de Bracamps et de workshop, etc.

 

Tout le monde s'accorde à peu près pour reconnaître que cela aurait pu être bien pire! :p

Portrait de Tris

Contrainte & forcée par PCInpact ? Au risque de me répéter, j'ai ri :)

Quant aux méthodes de travail en sciences sociales, je vais laisser les autres s'exprimer sur ce sujet.

Portrait de vincent.petitet

Cher M,


les méthodes de travail en sciences sociales font l'objet de discussions et d'échanges sur leur épistémologie. Ces interrogations sont une part importante de la recherche en sciences sociales et cela est nécessaire.Néanmoins, lorsque cette épistémologie est à charge et conclut à la déligitimation de l'entièreté d'un travail institutionnel, je me permets de tiquer. Une telle évaluation épistémologique réclame un travail scientifique important et long qui ne peut se résumer à une tribune sur un blog.


Un exemple de nos méthodes de travail au sein des Labs : dans notre ouvrage "L'auteur au temps du numérique", nous avons mené une enquête qualitative à partir d'un échantillon d'auteurs afin d'ouvrir des pistes de réflexion sur les transformations du travail d'écrivain et d'auteur au temps du numérique. Nous ne prétendonc pas à une vérité ultime : nous prétendons juste qu'il y a, à travers l'évolution des NTIC, un travail légitime à mener sur les conséquences d'une avancée technique sur des usages sociaux. Nous invitons donc à une réflexion sans prétendre détenir la vérité sur cette réflexion.

Portrait de vincent.petitet

Merci M. de votre commentaire.


Je regrette que vous alimentiez une dynamique du complot qui ferait de l'Hadopi une institution obscure où, lors de sombres conclaves, des experts se réuniraient enfin de légitimer une volonté de contrôler l'Internet les internautes. C'est donner bien peu de crédit aux experts des labs et à l'ensemble de leurs travaux que de les créditer d'une telle intention. Vous parlez d'entreprise policière comme si l'Hadopi avait un quelconque monople répressif ou comme si l'Institution avait des moyens de coercition : bref c'est une fiction à la 1984 que vous nous offrez là, une vision revisitée d'un big brother numérique. Notre credo n'est pas "Surveiller et punir" mais plutôt l'exercice critique qui passe par les commentaires et les billets qui travesrent la plateforme, bref une économie de la parole en mode open-source.

Portrait de M.

Personne ici ne vous parle de "complot" ni ne voit de fiction orwellienne là où il n'y a qu'un fonctionnement administratif très classique ; c'est bien dommage de n'arriver à répondre aux critiques simples et claires portant sur votre fonctionnement qu'en caricaturant la critique... une marque supplémentaire de l'autisme de certains "exeprts" si besoin en était!

 

Les experts des labs ont été choisis par l'institution elle-même, certains touchent une rémunération qui n'est même pas rendue publique... et vous vous étonnez que l'on ait des doutes sur leur impartialité ? Vous vous offusquez que l'on veuille d'autres garanties, notamment en termes de transparence, que vos simples protestations de bonne foi?

 

Les agents à la tête des directions de l'hadopi sont, dans leur grande majorité, des sympathisants UMP: Qui ne serait pas choqué de ce biais pour une autorité administrative qui doit être indépendante?

 

Comment ne pas voir dans les experts qui ont candidaté, qui ont été choisis et acceptés par les agents dirigeants de l'hadopi, au mieux de grands naïfs, au pire d'ambitieux faiseurs, en tous cas des alibis faciles?

 

Les labs "indépendants" se sont-ils jamais penché sur ces sujets? Les très longues digressions truffées de références philosophiques qu'on peut lire chez les "sachants labellisés" des labs hadopi sont, certes, autrement moins dérangeantes que ces questions...

 

Portrait de Tris

Juste au passage, les agents de l'institution sont avant tout des citoyens & ils ont tout à fait le droit d'avoir des opinions & des sympathies politiques. Il me semble que c'est vaguement garanti par un bidule que l'on appelle les libertés fondamentales.

Par ailleurs, le bidule précédemment cité fait que l'on ne doit pas discriminer quelqu'un en fonction de ses opinions politiques. Mettre en avant les sympathies politiques des agents, n'est-ce pas une forme de discrimination & même de violation de la vie privée ?

Je dis ça, je dis rien :)

Portrait de Anonyme

La réaction de Mercklé amalgame sans concession l'Hadopi et les Labs et, comme toujours, vous avez du mal à vous en dépatouiller autrement qu'en proclamant votre indépendance.
Mais vous ne répondez pas, Tris esquive par une pirouette, à une question essentielle : comment croire en l'indépendance des Labs, et en un autre rôle que celui de leurre de concertation, alors que ses "experts" sont rémunérés par l'Hadopi?

Même s'il prône effectivement une rhétorique "l'ouverture", l'article de Mathias est orienté puisqu'il fait état d'un ensemble de constats sociologiquement très contestables sur le partage dans le but de démontrer que c'est une "impasse".
En tant que chercheur, il est plus que légitime de la part de Mercklé de questionner la démarche qui consiste à se baser sur des constats fragiles pour publier des "articles" idéologiques, et ce quelle que soit leur finalité, sans se soucier outre mesure du travail d'analyse scientifique sur lesquels ils devraient se baser.

Le propos est donc bien politique, une analyse scientifique n'y a pas sa place.

 

Portrait de Tris

Mais je n'esquive rien du tout : je pose une question à laquelle absolument personne ne veut répondre. Avec quoi on rémunère les experts dans ce cas-là ? Il suffit de voir les propos tenus par les experts dans les journaux ou sur Twitter pour se rendre compte qu'ils disent exactement ce qu'ils ont envie de dire.

Concernant la démarche de Mercklé, j'attends d'ailleurs toujours qu'il daigne non seulement faire une réponse mais également qu'il valide le commentaire laissé sur son blog.

Deux poids, deux mesures, comme toujours.

Portrait de Anonyme

Pour la rémunération je vais t'aider, rien de tel qu'une bonne énigme de Tolkien :

Sans voix, il crie,
Sans ailes, il voltige,
Sans dents, il mord,
Sans bouche, il murmure.
Qui est-ce ?

;)

 

Portrait de Tris

Je te laisse gérer ça tout seul comme un grand :D

(Réponse : le vent)

Portrait de Anonyme

De deux choses l'une, soit les débats et l'institution sont légitimes et les acteurs intéressés sont satisfaits par des incitations non-financière de type symboliques, (et je pense que c'est le cas pour M. Petitet par exemple ou je me trompe?).
Ca marche très bien dans les autres AAI. Je ne crois pas que Verdier ne touche un rond pour son implication dans l'ARCEP ou la CNIL. En revanche en terme de symbole, ca lui permet de se la péter quand il s'embrouille avec Boullier :)

Soit ca n'est pas le cas.
Alors, effectivement...
$ (en ce moment ca vaut mieux que € :)

Portrait de vincent.petitet

Cher Anonyme,


Plusieurs points méritent discussion.


Votre propos est contestable car il met en cause l'honnêteté des experts en insinuant que ceux-ci renonceraient à leur objectivité en échange d'un salaire. Vous jugez donc leurs productions au jour de la rémunération versée par l'Hadopi. Cela signifie que vous contestez le bien fondé de la figure de l'expert en général, puisque toute intervention derait selon vous se faire grâcieusement et sans rétribution. Or beaucoup d'experts fondent une activité sur la délivrance d'un savoir en échange d'un salaire (expert comptable, expertise légale etc)


Par ailleurs vous parlez "d'articles" idéologiques" : je serais curieux d'avoir un exemple pris dans les productions des Labs et signées des experts. L'idéologue n'est-il pas plutôt celui qui voit de l'idéologie là où il y a discussion et débat ? Ne confondez-vous pas un point de vue avec une idéologie ?  C'est justement le débat et la confrontation des points de vue sur la plateforme qui nous permettent de revendiquer une position non idéologique et non dogmatique. C'est d'abord le questionnement qui nous anime. A moins que le questionnement ne vous semble suspect et idéologique ? Bigre, cher Anonyme, quel dogmatisme...

Portrait de Anonyme

Votre (ton? je serais plus à l'aise si on se tutoyait, mais comme tu/vous es/êtes exposé en temps que personne et moi seulement indirectement, il est plus poli de te/vous laisser le choix ;) ) analogie avec les experts comptables est excellente. Un expert comptable est utilisé pour diagnostiquer les finances d'une entreprise, l'aider à bien tenir ses comptes. C'est pour cela qu'elle le rémunère.
Dans le cas de l'Hadopi et de ses experts, je vous laisser filer l'analogie :)

Je n'ai pas lu de questionnement ouvert et sans réponse dans le dernier billet de Matthias.
Et, oui, les réponses apportées sont "idéologiques" puisque, comme je l'ai déjà expliqué, elles n'ont pas attendu le travail du scientifique. A moins que Matthias n'ai réalisé son étude sociologique sur les effets du partage bien en amont, auquel cas je serai ravi que vous me l'indiquiez puisqu'il a omis de le faire dans son papier :)

Portrait de vincent.petitet

Cher Anonyme,


En reprenant la figue de l'expert comptable, tu vas dans mon sens : une expertise peut rester juste et parfaite même si elle est le fruit d'une rémunération. Pense aussi au cas du Commissaire aux comptes par exemple.


Quant à ton approche de l'idéologie elle est inexacte. Car l'histoire nous prouve que la science peut devenir elle même une idéologie  :l'eugénisme et la médecine, le lyssenkisme et les sciences excates sont des cas patents de confusion entre la science et l'idéologie. Il faut faire preuve de beaucoup de candeur pour penser que la science est libre de toute dérive "idéologique". Au sein des labs, nous ne prétendonc ni à la perfection scientifique, ni au discours idéologique. Nous rechercons un dialogue interdisciplinaire, comme dansnos barcamps. Par ailleurs, Paul Mathias est philosohpe et non sociologue. En tan que philosophe, il délivre un point de vue, il n'a pas la prétention d'affirmer une vérité scientifique. Car nous croyons au sein des labs que le questionnement propre aux sciences humaines est fécond et déterminant dans la conduite de projets futurs. Faut-il citer Rabelais : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." A bon entendeur...

Portrait de Anonyme

Non, tu te trompes. L'expertise comptable pour une entreprise est "juste et parfaite" PARCE QU'ELLE est sujette à rémunération. L'intérêt des deux parties contractantes va rigoureusement dans le même sens. Si tu appliques ça à l'Hadopi et à ses experts qui sont censés être objectifs, le raisonnement ne tient plus.
En terme d'incitation, le fait de rémunérer les experts qui interviennent pour analyser la légitimité de l'institution, et affirmer une indépendance de ces derniers, c'est juste complètement indéfendable d'un point de vue économique :D

Pour le reste, je n'ai jamais dit que la science ne pouvait pas être instrumentalisée par une idéologie et je ne vois pas vraiment le rapprot.
J'ai dit que les soubassements des propos de Mathias étaient uniquement idéologiques et ne s'appuyaient sur aucune étude scientifique.
Et je ne crois pas qu'il soit candide d'affirmer que l'idéal scientifique se veut au dessus des idéologies. Pour bien connaître le monde de la recherche, quand on envisage une question à explorer, on commence par se vider complétement de tout a priori sur cette dernière et on tente de porter un regard complétement objectif.
Sinon c'est inutile.
Enfin poser des questions c'est bien, y répondre péremptoirement et ne pas se confronter à ses contradicteurs, je n'appelle pas vraiment ca dialoguer :)
Dwarf Power, entre autres, a réclamé au moins une fois, en vain, une réponse de Mathias.

Portrait de vincent.petitet

Cher Anonyme,


L'expertise comptable et le Commissariat aux comptes sont des missions où les parties contractantes n'ont pas toujours d'intérêt commun. Le CAC par exemple doit établir la justesse des comptes d'un point de vue objectif en se méfiant parfois des données de son client. En effet, certifier des comptes c'est aussi établir la justesse des informations de l'entreprise et éclairer sur les possibilités litigieuses : or certaines entreprises ont des comportements frauduleux que le CAC, magistrat du chiffre, doit mettre en lumière. La collaboration client et CAC n'est pas aussi simple que tu l'affirmes et n'a rien d'une mission de conseil.


Les experts des Labs n'ont pas pour vocation première d'analyser la légitimité de l'Institution : ils ont pour rôle d'éclairer l'Institution sur les directions prises par celle-ci et de nourrir son évolution. Je dis bien nourrir une évolution : l'Hadopi n'a rien de figé. Elle agit sur un principe thermodynamique d'adaptabilité constante à l'environnement numérique et surtout légal, qui fondent l'agir numérique des internautes. Le questionnement des experts est celui de chercheurs qui souhaitent participer à un changement, une évolution des usages et des pratiques quant à l'offre culturelle et à ses nouvelles formes. Ils ont fait le choix d'être acteurs et de faire entendre leurs voix parfois enthousiastes, parfois critiques mais toujours honnêtes. Je t'invite à lire nos deux précédents Booklets "Au fil des labs" : tu verras que la manichéisme n'a pas sa place dans nos travaux. A ce titre, notre prochain Booklet porte sur les DRM et l'interopérabilité. Tu seras surpris des points de vue défendus.L'ensemble e'st disponible sur le site des Labs.


Quant à Paul Mathias, je ne peux parler en son nom. Il a été directement attaqué et mis en cause dans la tribune sus-citée dans le billet. Il est libre d'alimenter la polémqiue ou de s'en tenir au texte posté plus haut. Comme tu le vois, l'Hadopi verse un salaire à Paul Mathias et le laisse libre de communiquer et de s'exprimer comme il l'entend.

Portrait de Anonyme

Ok, je vais faire court.
Je suis navré de blesser les convictions de plusieurs d'entre vous, mais si il faut appeler un chat un chat, l'HADOPI est, au présent de la certitude, une organisation de répression de masse. Point, à la ligne.

Il se trouve qu'elle a moins de légitimité qu'un accessoire de mode des années 30 dans un colloque sur la physique des plasma super-kelvin. Il se trouve qu'elle cout fort cher et qu'elle ne rapporte rien. Il se trouve qu'elle ne remplis pas ses missions. Et je le provue :

  • Où puis-je trouver la liste des moyens de sécurisation labellisés que la haute autorité a l'obligation légale d'inclure dans ses recommandations ?
  • Où en est l'expérimentation des moyens de filtrage promis par le précédent gouvernement ?
  • Où en est l'offre légale ?
  • Qu'est devenue la petite Emma Leprince ? A-t-elle enfin plaqué son clone ?
  • Où sont passés les 50.000 coupures par an promises dans l'étude d'impact signée par deux ministères ?
     

Donc, à part réprimer (et faire honte au pays, et dégouter une génération entière de citoyens), à quoi sert la HADOPI ? C'est un secret, mais je vais vous le dire :

à gaspiller 12 millions d'euros par an, à satisfaire les industriels du divertissement préfabriqué.

 

Portrait de Tris

Repression de masse ? Pardon, mais j'ai ri :)

Je vais peut-être t'apprendre un truc extraordinaire mais une autorité publique indépendante n'a pas "à rapporter" comme tu le dis. Ce n'est pas une entreprise privée, ce n'est pas une société côtée en Bourse, c'est un service public, régi avec les lois du service public.

- Les moyens de sécurisations sont toujours à l'étude, si c'était si simple à faire, ça ne prendrait pas si longtemps :)

- Nous avons écrit 2 livres vert sur le filtrage, regarde dans le Wiki.

- Pour l'offre légale, voir le label PUR.

Dans l'ensemble, les reproches que tu adresses concernent plutôt l'institution en général et parfois même des personnes de l'ancien Gouvernement et pas les Labs et ce sont des récriminations auxquelles on répond patiemment tous les jours.

Le fait est que tu n'as même pas pris la peine de lire un peu ce que l'on fait ici, sinon, tu aurais vu que l'on a produit des choses mais c'est plus facile de nous insulter et de nous traîner quotidiennement dans la boue que de dialoguer.

En temps normal, un commentaire aussi désagréable - à la limite de l'injure - je ne l'aurais pas laissé passer. Mais histoire de répondre une bonne fois pour toutes à toutes ces interrogations perpétuelles, je le fais. Au moins, on ne pourra pas nous reprocher de vouloir faire taire qui que ce soit.

A bon entendeur.

Portrait de bruno.spiquel

Si je puis me permettre un début de patch : "hadopi s'est vu attribuer une mission légale consistant à tenter de faire peur en masse, mais manifestement ça n'a pas marché". Et sans vouloir faire croire que je crache faussement dans "la main qui me nourri", j'ai envie de dire, "tant mieux".

Pour ce qui concerne les "moyens de sécurisation", c'est pas un poil abusé de jeter sur le dos de l'institution les délires du legislateur ? Si demain un maçon est missionné pour déplacer la grande muraille de chine à la main et que, par hasard, il n'y parvient pas, est-ce pour autant un mauvais maçon ?

Pour le reste, tout blanc, tout noir, je croyais que tout le monde avait compris que ça n'existait pas et qu'on n'en parlait plus que dans les fâbles ou, à la limite, à l'école maternelle pour donner de vagues contour aux notions de "bien" et de "mal" aux marmots.

Faut croire que je me suis encore gouré ... dur.

Portrait de Anonyme

Je n'ai pas eu le sentiment de troller, d'être insultant ou diffamant dans mes messages, j'apporte de véritables arguments qui répondent au sujet. Le language "familier" n'est pas proscrit dans les CGP, enfin, je ne crois pas.Si tu ne les valides pas pour une raison X ou Y tu peux juste m'envoyer un petit mail pour me dire pourquoi?


Merci! :)


[Message édité pour des raisons de protection des données personnelles]

Portrait de Tris

Si c'est toi le message "trolldi", c'est limite sincèrement. Mais j'ai volontairement validé ton commentaire, pour les raisons expliquées ci-dessus. 

Comme tu le vois, j'ai édité ton message d'origine, je ne montre pas de données personnelles :)

Portrait de Anonyme

Nope, moi je suis l'autre Anonyme, celui qui discute avec M. Petitet ><

Au temps pour moi pour la parano :)

Portrait de paul.mathias

Laissant de côté la question du mercenariat (réel ou supposé) des "experts-labs", j'aimerais revenir sur la question de l'expertise elle-même, dont je ne crois pas qu'elle présente une forme univoque.

Un expert-comptable, par exemple -- pour reprendre un exemple donné dans la discussion -- examine avec des outils communs à une profession des situations en principe parfaitement objectivables ; un expert-chimiste également, quand il analyse un substance, un professeur également, quand il corrige un devoir de mathématiques ou d'anglais. Autrement dit, en un premier sens, un expert mobilise des compétences pour décrire une réalité parfaitement circonscrite.

La situation se complique terriblement quand on a affaire à des disciplines dites "de sens" -- la critique d'art, la littérature ou la philosophie, parmi quelques autres. En effet, tandis qu'un expert, au premier sens, a une obligation de résultats (donner le nom des éléments constituant telle substance chimique ou le bilan comptable d'une entreprise), on peut difficilement exiger du critique littéraire la même chose, puisqu'il n'y a précisément pas de compte-rendu susceptible de décrire de manière exhaustive un texte ou une oeuvre quelconques, abordés sur un plan axiologique (le plan du sens ou des valeurs).

Au deuxième sens, donc, un "expert" a une obligation de moyens, non de résultat, pour cette simple raison qu'il n'y a pas de résultats possibles et envisageables, sinon, précisément, les moyens qu'il mobilise et les discours qu'il parvient à rédiger.

La HADOPI a fait appel à moi au titre d'une expertise philosophique. Cela ne signifie pas exactement qu'elle souhaitait doubler les analyses scientifiques de certains experts par quelques "opinions personnelles" plus ou moins convenablement exprimées. Le but, tel que je l'ai compris, était d'offrir une perspective disciplinaire et de sens qui ne fût ni celle des sciences informatiques, ni celle des sciences humaines (sociologie ou économie). Autrement dit, le présupposé de la HADOPI était : "une perspective philosophique sur les questions qui agitent les réseaux doit pouvoir être éclairante et ouvrir des perspectives décisionnelles, voire législatives".

Dans ce contexte, l'ambition de mes "papiers" ne pouvait être que celle d'analyses sémantiques, aussi bien conduites que possible (obligation de moyens). Qu'on trouve ma rhétorique ampoulée et absconse est parfaitement légitime ; mais aussi, on n'est pas tenu de me lire ! Quand, en revanche, on veut bien me lire, il ne faut pas me reprocher de n'être ni sociologue, ni informaticien : je n'y ai jamais eu la moindre compétence ni exprimé la moindre telle revendication.

La question, cependant, doit être posée de savoir ce qu'on peut entendre par "expert philosophe" : qu'est-ce qu'écrire et publier, quand on n'entend pas faire la leçon aux autres ? qu'est-ce que participer aux institutions, quand on ne peut prétendre à une expertise technique ni à y exercer du pouvoir ? qu'est-ce que la fonction de conseil, quand elle est confinée à une sphère purement intellectuelle et consultative ?

Il y a incontestablement diverses manières d'être "philosophe", à ce jour : publier des ouvrages destinés au grand public, enseigner une discipline dotée d'un programme au lycée ou à l'université, particper à des recherches dans le cadre d'institutions ad hoc (CNRS, EHESS, Collège international de philosophie, etc.). Ces diverses manières d'étudier les philosophies ont une ambition commune : analyser des significations, examiner l'étendue des corrélations entre ces significations et les effets qu'elles peuvent avoir sur la réalité des interactions humaines, notamment.

Dans un tel contexte d'expertise, poser la question du "partage" et écire : "L'impasse du partage", ce n'est ni chercher à stigmatiser ceux qui choisissent de laisser accessibles leurs machines, ni donner, insidieusement et en sous-main, des armes supplémentaires aux autorités policières et judiciaires -- qui n'en ont du reste nullement besoin. Mais c'est interroger des manières de parler et de penser et tenter d'en exposer l'horizon de sens. Il n'est pas illégitime, encore une fois, de considérer que ce ne sont que des mots et qu'ils ne mènent à rien, puisqu'on n'en extrait aucune décision pragmatique et immédiate. Seulement, qu'on le veuille ou non, c'est dans les mots que nous pensons et, sans cette respiration de l'analyse sémantique et de la perspective philosophique -- qui l'une avec l'autre exigent le temps et la patience de la lecture -- il n'y aura vite plus rien à dire sur rien et tout à laisser faire à ceux qui s'y entendent à faire, notamment à la place des autres.

Il n'y a donc, dans tout cela, ni oeuvre d'autorité, ni complaisance idéologique, ni, ultimement, "confusion des genres" : il y a un espace de parole qui a été ouvert par une institution et une parole qui s'y est librement exprimée et qui n'aspire qu'à s'enrichir de ses réfutations.