Du Bi-Bop à l’iPhone : de la communication mobile à l’hyper-connectivité

Portrait de vsonet
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Nous fêtons cette année les 20 ans de la première communication mobile sur la norme GSM [Global System for Mobile Communication] ,  norme qui a permis la démocratisation de la téléphonie mobile. En 1991 France Telecom lance le fameux Bi-Bop, premier téléphone portable compatible GSM. En 2007 Apple lance l’iPhone. Aujourd’hui, le taux de pénétration du mobile dépasse les 98%, et plus de 17 millions des utilisateurs de mobile sont des smartphonautes hyperconnectés : ceci impacte fortement l’économie de l’échange inter-individuel en mettant au cœur de celui-ci la vitesse et la réactivité.

L’Hyperconnecté hyper-informé…

Terminal connecté, convergent, mobile, interactif, tactile, le smartphone amplifie la connectivité des smartphonautes et renforce les phénomènes d’hyper-information et d’hyper-communication.

Cette hyper connectivité traduit un besoin très contemporain d’être intégré à un ensemble de réseaux pour exister économiquement et socialement. Pour ce faire il ne faut alors rien manquer, être informé en temps réel et en flux tendu. Qu’il s’agisse d’un ordre de bourse, de la mort d’un acteur ou du dernier buzz vidéo, l’hyperconnecté se doit de tout savoir,  immédiatement sous peine d’inefficacité ou d’obsolescence ! Et il se doit de réagir tout aussi rapidement. Si le web et le téléphone mobile ont mis en lumière ces nouveaux modes de vie, le smartphone les exacerbe, notamment à travers la quantité d’applications disponibles permettant d’être tenu informé, en temps réel, d’une infinie palette de news.

…et hyper-communicant.

Le smartphone, comme ses « ancêtres » GSM, est individuel, personnel et toujours à disposition. Autant de caractéristiques qui supportent et renforcent le caractère intime et privatisé des communications. Celles-ci peuvent alors devenir abondantes, sinon permanentes. Les pratiques communicationnelles sur smartphone se diversifient et croissent : envoyer une vidéo par mail,  une photo, accéder à un réseau social, rédiger et lire des mails… toutes ces pratiques se sont amplement répandues. Elles répondent à une volonté de réactivité immédiate diffuse : en effet, dans la lignée du téléphone mobile, de l’ordinateur et des outils de communications numériques, le smartphone relève d’une économie de l’urgence. Celle-ci est d’autant plus amplifiée par la mobilité des terminaux et la puissance croissante des réseaux (le développement des offres ADSL, de la 3G et du Wifi, sur les terminaux aussi bien fixes que nomades.) Attendre le chargement d’une page, l’arrivée d’un IM [Instant Messaging]ou la réponse à un SMS devient alors inhabituel ou inopportun tant l’exigence de réactivité est aujourd’hui forte.

Nomade autonome mais toujours connecté

La mobilité du terminal est un élément important dans le développement de ces pratiques en favorisant la multiplication et l’élargissement des contextes d’utilisation : la réception et l’émission d’informations deviennent potentiellement instantanées, immédiates. Dans cette logique de connexion ATAWAD (AnyTime, AnyWhere, AnyDevice) différer une communication devient un acte délibéré. En outre, la nécessité de rester « branché », n’est pas l’apanage de nos seuls besoins d’intégration économique et professionnelle. Elle prend également sa source dans notre intimité, traduisant alors des motivations beaucoup plus profondes.

Les jeunes générations, a fortiori les fameux Digital Natives, en sont les porte-drapeaux. Avant de se poursuivre dans les pratiques de sociabilité en ligne, leurs échanges ont déjà largement pris racine dans l’usage des télécommunications mobiles mais surtout du SMS. 35,5 milliards de SMS ont été envoyés en France au deuxième trimestre 2011, soit une moyenne mensuelle de 186 SMS par client. Ce chiffre est en constante augmentation et il a quasiment quadruplé en 3 ans[1].

Cette hausse des communications SMS, qui se traduit notamment chez les plus jeunes utilisateurs par un usage en « mode IM » (Chat) s’explique aussi par le développement des offres tarifaires avec SMS illimités. Les opérateurs ne se sont pas trompés en ciblant en priorité les jeunes avec ce type de forfait. Comme le remarque A.C. Rivière[2] le format contraint d’origine du SMS (160 caractères, dont on attribue d’ailleurs l’origine à la moyenne des caractères présents sur les cartes postales) a créé les conditions d’une appropriation ludique de ce mode de communication et fait émerger des jeux d’écriture plus ou moins  inventifs.

Le SMS est en effet un mode de communication qui est particulièrement apprécié pour sa discrétion, sa rapidité. Selon M. Ferraris[3], il réalise même le rêve de l’Homme Invisible : communiquer avec d’autres sans être vu, ni entendu [Ferraris, 2006 :106]. « Par son caractère écrit et différé et en même temps quasi instantané, le mini-message permet surtout l’extériorisation des sentiments et répond à un besoin  impulsif de faire partager ses émotions au moment où elles sont ressenties, sans vouloir ou sans  pouvoir les exprimer à l’autre oralement. Ainsi, pour la plupart des mini-messageurs, quel que soit leur âge, le mini-message c’est manifester sa présence à l’autre »[Rivière 2002 : 159][4]

L’injonction de la réponse immédiate

Ces logiques de communication se poursuivent et s’amplifient avec les outils du web 2.0, pleinement inscrits dans le paradigme de l’interactivité – jusqu’ici réservé au PC – que le smartphone embarque désormais (messageries instantanées, réseaux sociaux en ligne…). Autant d’outils et de manières de communiquer qui favorisent des modes injonctifs de réponse. Non seulement la réponse est attendue, mais elle se doit de plus en plus d’être synchrone.

Pour Jauréguiberry[5], ces usages des TIC comme expérience renvoient à une triple logique d’action. Il s’agit en effet pour les utilisateurs d’être Branché, Efficace et Autonome [Jauréguiberry, 2003]. Déjà observés avec les premiers téléphones mobiles, ces aspirations prennent tout leur sens avec les terminaux mobiles comme le smartphone ou la tablette. « La généralisation de l’information en temps réel conduit à un branchement constant et à des délais de réponses chaque fois plus courts »[6].

Ces dynamiques de communication irriguent un nombre croissant de nos modes d’action. Autrefois associées au domaine professionnel, elles se répandent par l’effet de leur entrelacement dans nos pratiques informationnelles, ludiques et communicationnelles. Elles se matérialisent dans des outils qui portent et supportent cette convergence. Le PC et le Web d’abord, la tablette et le smartphone aujourd’hui.

Le smartphone se révèle donc bien comme un terminal nodal, assurant la connexion permanente avec nos différents réseaux et sphères. Il nous interroge sur l’importance de la connectivité individuelle et sur nos choix rationnels en matière de gestion de l’information. Surtout, il nous fait rentrer de plain-pied dans l’ère de l’usager « nomade », aidé en cela par une technologie du mouvement et de la vitesse.

[1]ARCEP Juin 2011 (observatoire trimestriel des services mobiles)

[2] RIVIERE A.C., La pratique du mini-message, Réseaux, 2002/2 n°112-113

[3]FERRARIS M. (2006), T’es où ? Ontologie du téléphone mobile, Paris, Albin Michel.

[4] Ibid, RIVIERE, 2002

[5] JAUREGUIBERRY F., (2003), Les branchés du portable, Paris, PUF

[6] JAUREGUIBERRY, PROULX (2011), Usages et enjeux des technologies de communication, Toulouse : Erés – Page 106

Commentaires

Portrait de vincent.petitet

Intéressant de constater que le Smartphone fait rentrer l'individu dans une dynamique de mise en mouvement permanent : une sorte de "qui vive" numérique qui demande toujours plus de réactivité, plus de rapidité de réponse et plus de traitement de l'information. D'autant plus que celle-ci se voit de plus en plus impactée par le partage et la dissémination de modèles ubiquitaires de diffusion. Le mobile nous fait donc entrer dans une ère de sur-sollicitation par l'information et par la prolifération des contenus via les terminaux mobiles.