Si la majeure partie de ce qui se crée sur le Web et, plus généralement, sur les réseaux numériques, demeure inerte et insignifiant, le principe en est d’une fécondité sidérante : réplicables, volatiles, appropriables et altérables, toutes les créations numériques sont virtuellement en mille « lieux » distincts, intégralement reproductibles ou manipulables, à la fois proches de leurs auteurs et de leur « vie », et parfaitement ubiquitaires, éparpillées comme autant de graines pollen prises dans les variations des vents télécommunicationnels. Livres, disques, images, nos œuvres matérielles sont certes fécondes des sentiments, du plaisir ou des idées qu’elles suscitent parmi ceux qu’elles touchent. Mais elles ne sont pas ubiquitaires, parce qu’elles n’expriment pas, en tout lieu et en même temps, cette puissance de faire si propre aux œuvres numériques.